{{larger|SONNETS}}


{{gap}}Ton âme que j'explore est la forêt muette
{{gap}}Que le vent fait, au soir, frémir sur la grand'route ;
{{gap}}Car tremblant sous la brise un peu triste du doute,
{{gap}}Comme elle, je la sens vaguement inquiète.

{{gap}}Mais, se berçant au gré d'une cime indolente,
{{gap}}Il est un nid caché parmi les hautes branches :
{{gap}}Y dort l'oiseau d'amour sous ses deux ailes blanches.
{{gap}}Et ce nid, c'est ton cœur, ma brune nonchalante !

{{gap}}L'heure approche, pourtant, où le ciel se pavoise.
{{gap}}Dès l'aurore l'oiseau va chanter sa romance.
{{gap}}Et toi ! ne veux-tu pas qu'alors je l'apprivoise ?

{{gap}}Je serai l'oiseleur plein de tendresse immense,
{{gap}}Dont la câline main lui sera douce à l'aile
{{gap}}Pour, de ton cher amour, faire un chanteur fidèle.

(''Variante du sonnet précédent''.)

{{gap}}Ton âme est la forêt silencieuse et vaste
{{gap}}Qui tremble au vent léger de ta mélancolie ;
{{gap}}Comme au ciel d'un soir calme une étoile pâlie,
{{gap}}Sur elle, avec bonté, s'allume ton œil chaste.

{{gap}}Nid fragile, ton cœur, dans ce troublant domaine
{{gap}}Reste muet malgré l'émoi des hautes branches :
{{gap}}L'oiseau d'amour y dort sous ses deux ailes blanches,
{{gap}}N'ayant encor jamais ouï la voix humaine.

{{gap}}Mais à l'horizon bleu, quand luira l'Espoir rose
{{gap}}D'une aurore où persiste un charme de mystère,
{{gap}}Dans ton cœur chantera l'habitant solitaire.

{{gap}}Et s'il n'est pas un trop farouche virtuose,
{{gap}}Je serai l'oiseleur à la main douce à l'aile,
{{gap}}Tant j'en veux par mes soins faire un chanteur fidèle.
{{right|{{sc|Julien Leclercq}}.}}
{{gap}}''Mars 1890''.