{{larger|LE CALVAIRE IMMÉMORIAL}}

{{right|''A José Mara de Hérédia.''}}
{{gap}}La brise bonne de la Rêverie me poussait à l'aventure, emmi les fermes de pain bis, sur le solide fleuve des routes qu'enrivage l'espérance tendre où pâturent les moutons, ces quenouilles vivantes.
{{gap}}Un peu partout, sous les coqs de métal, en les donjons divins, tintaient, à rhythme égal, les gros sous d'existence versés par l'aile des moulins et la nageoire des charrues.
{{gap}}Solitaire, j'allais ; m'effaçant une fois seule devant la naïve diligence vieille : guêpe au dard de fouet qui, de village en village, voltige et cueille l'animé butin qu'amassera tantôt la ruche de la Ville.
A certain coude du chemin, sans doute rendez-vous de l'adieu des Conscrits, je vis un Calvaire soudain.
{{gap}}Le Christ était à deviner, tant il était usé !
{{gap}}Cela s'arborait près d'un if séculaire aux petits fruits pareils à des gouttes de sang.
{{gap}}Or j'eus beaucoup de peine, car Jésus semblait davantage pâtir en sa décrépitude. Il n'était plus que quelque chose de pendu : comme un chiffon de pierre oublié là jadis, et plus jadis encore, par un gars d'avant l'Age des Lances et des Clous.
{{gap}}Alentour... somnolaient les grandes fleurs de Solitude.
{{gap}}Je dis :
{{gap}}— Que je te plains, Crucifié, d'être si dévasté !... Mais pourquoi telle misère maigre ?.. T'avait-on pas appendu bel et grandiose au Sycomore de granit où je te vois à peine avec les yeux de l'âme ? Réponds,