VOIX NOCTURNES

''{{larger|VIOLONS TSIGANES}}''


{{right|''A Alaistar Cary Elwes''.}}
'''I'''

{{gap}}Dans la salle verte et banale aux ornements trop dorés, * où les rideaux blancs courent sur les vitres.
{{gap}}Ils sont au milieu, dans leurs costumes chamarrés de brandebourgs, * l'air prétentieux, sottement semblables à des pitres.
{{gap}}Ils sont là, ces fils du pays hongrois, avec le violon qu'on mit dans leurs mains d'enfant avant de leur apprendre à parler, * musiciens d'instinct et sans pupitres.
{{gap}}Dans le café vulgaire où Paris, le soir, s'arrête un moment, * où jamais le rêve du poète n'a pris son essor.
{{gap}}Et voici avec eux la musique troublante de la ''pousta'' (1) : * « ''Cserebogar'', ô petit scarabée, ''ô sargà csercbogar'' , petit scarabée en or. »
'''II'''

{{gap}}Sur les tables de marbre uni, dans les verres où se côtoient des liquides de toute couleur, * l'électricité fait éclater brutalement sa lumière crue.
{{gap}}Dehors, sur le trottoir, vers ses turpitudes et ses plaisirs, * la foule indifférente se rue.
{{gap}}Et voici le prélude des rêveries bizarres au rhythme déconcertant: * l'archet qui déjà frémit sur la corde émue.
{{gap}}Que va donc chanter l'instrument aux sons mièvres et tendus, * celui qui berce l'amour et raille la mort ?