Chacun reçoit sa part de pain bénit. La mienne me parvient ponctuellement; je la savoure avec miséricorde, et, Dieu merci, j'ai la digestion facile. Rien ne prédisposant au pardon comme un repas copieux, je ne me lève de table que pour absoudre évangéliquement.
{{gap}}Ces temps derniers, ma Déclaration parue, je fus gâté par trop. Proclamer l'Art de {{sc|la recherche de l'absolu}} est, selon quelques hauts esprits, un crime de lèse-banalité méritant les vives framboises du bûcher. Ma gourmandise me défend d'en appeler.
{{gap}}Mais voyez la manière dont les camarades traitent, ça et là, Charles Morice, René Ghil, Dumur, Remy de Gourmont, Gustave Kahn, Henri de Régnier, Jean Moréas, Paul Adani...
{{gap}}Ah ! j'ai vu bien des pruniers secoués par le mistral, jamais d'aussi roide façon !
{{gap}}La Critique de la mère Angot est devenue la nôtre.
{{gap}}Eh bien, cela devrait cesser, une bonne fois!
{{gap}}Je le sais, nous péchons les uns et les autres, plus ou moins. Et c'est heureux ! Un poëte infaillible serait un parfait notaire. Je sais encore que la Critique a sa raison d'être. Disons davantage : la Critique est tutélaire; nourricière, — pour peu que vous y teniez. Joignez à cela qu'il est, à notre âge, un certain charme à ramasser une botte de paille en l'œil du voisin. Puis les défauts des autres sont un peu nos vertus, est-il pas vrai ?
{{gap}}Tout ça, je le conçois.
{{gap}}Même j'admets volontiers que la Critique, cette vieille manie implantée dans nos mœurs juvéniles, soit incurable, là !
{{gap}}Fourrageons donc, s'il en est ainsi, allons approvisionner nos rateliers à travers l'œil gauche du voisin jusqu'à ce que le voisin ait pu se mettre dans ses meubles avec les poutres retirées de notre œil droit, critiquons, c'est entendu, critiquons à tire-larigot; du moins enjolivons de rubans nos férules, et, pour Dieu, ne nous lançons