Ces endroits-là sont toujours vides, la nuit... l'humanité ne s'occupant de Dieu que lorsqu'elle ne peut pas faire l'amour. {{smaller|''(Il secoue ses guenilles en riant d'un rire triste.)''}} {{gap}} {{sc|La prostituée}} {{smaller|''(d'un ton énervé, serrant son châle de deuil sur sa robe de satin rouge)''}} : Tais-toi! Ce n'est pas le moment de plaisanter. Moi, je déteste les maisons dont les plafonds sont... au diable !
{{gap}} {{sc|Le juif}} {{smaller|''(ôtant son bonnet de peau de lièvre)''}} : On doit toujours le respect, ça n'engage à rien.
{{gap}} {{sc|Le maudit}}{{smaller|''(d'une voix navrée)''}} : Vous êtes des animaux immondes, et pourtant vous êtes plus en sûreté que moi, ici : vous ne croyez pas. ''(Tous les trois se dirigent vers l'autel et le {{sc|Maudit}} place la lanterne sur la balustrade du chœur.)''
{{gap}} {{sc|La prostituée}}{{smaller|''(soutenant le {{sc|Maudit}} qui chancelle)''}} : Parlons peu, parlons bien; tu nous as promis des bijoux extraordinaires : où sont-ils?
{{gap}} {{sc|Le maudit}} {{smaller|''(étendant le bras d'un geste raide, et désignant le tabernacle)''}} : Ils sont là.
{{gap}} {{sc|Le juif}} {{smaller|''(hochant le front)''}} : Il est entendu que vous irez les chercher tout seul...
{{gap}} {{sc|La prostituée}} : Tout seul, puisque l'idée vient de lui. Moi, je n'aurais jamais songé à une pareille farce.
{{gap}} {{sc|Le juif}} {{smaller|''(railleur)''}} : Moi non plus, c'est une idée géniale, et si simple !
{{gap}} {{sc|Le maudit}} {{smaller|''(torturé)''}} : Alors, si c'est si simple, allez-y.
{{gap}} {{sc|Le juif}} {{smaller|''(sortant de dessous son manteau une balance, des poids, une pince de fer)''}} : Prêteur, acheteur, soit. Voleur, non ! Je viens surtout pour complaire à Madame.
{{gap}} {{sc|Un écho}} : Dame !
{{gap}} {{sc|La prostituée}}{{smaller|''(furieuse)''}} : Mon amant serait-il un capon !
{{gap}} {{sc|Le maudit}} {{smaller|''(relevant la tête fièrement)''}} : Quel capon oserait se mesurer avec Dieu ?... Oui, je veux le voler ; seulement, je tiens à le combattre. C'est ici la forêt où je détrousserai loyalement, après avoir exposé mes raisons. Je parlerai très haut, dussiez-vous ne pas m'écouter, vous, les brutes.