COCOTES EN PAPIER

{{larger|''A GRANDES GUIDES''}}
I

{{gap}}Le fiacre s'arrêta. Les trois amis en descendirent des cannes hydrocéphales, si lourdes qu'ils les portaient à bras tendu, pour montrer leur force. Ils étaient bruyants, fiers de vivre, vêtus à la mode éternelle. Chacun avait une route nationale dans les cheveux.
{{gap}}Le premier dit : « Laissez donc, j'ai de la mon­naie ».
{{gap}}Le second : « J'en veux faire ».
{{gap}}Le troisième : « Vous n'êtes pas chez vous, ici », et au cocher : « Je vous défends de prendre ! »
{{gap}}Longtemps ils cherchèrent , ouvrant avec len­teur, une à une, les poches de leurs bourses, et, tandis que le cocher les regardait, ils se regar­daient obliquement.
II

{{gap}}Le premier apportait pour bébé un polichi­nelle bossu par devant, bossu par derrière, et singulier, car plus on le maltraitait, plus il éclatait de rire.
{{gap}}La maîtresse de maison dit : « Voilà une folie ».
{{gap}}Le second apportait un bouledogue trapu, à mâchoires proéminentes. Il était en caoutchouc, coûtait dix-neuf sous, et, quand on lui tâtait les côtes, il pilait comme un oiseau.
{{gap}}La maîtresse de maison dit : « Encore une folie ! »
{{gap}}Le troisième n'apportait rien ; mais du plus loin qu'elle le vit entrer, la maîtresse de maison s'écria :
{{gap}}— « Je parie que vous avez fait des folies ! venez ça, vite, que je vous gronde ! »