{{larger|''THÉÂTRE D'ART''}}

{{gap}}'''Les Noces de Sathan''', pièce ésotérique en un acte et 5 tableaux, en vers, de J{{sc|ules}} B{{sc|ois}}; partie musicale de H{{sc|enry}} Q{{sc|uittard}}; décors et costumes artistiques de H{{sc|enry}} C{{sc|}}olas. - Deux scènes tirées de '''Vercingétorix''', drame en vers d'E{{sc|douard}} S{{sc|churé}}; partie musicale de D{{sc|uteil}} d'O{{sc|zanne}}; décor artistique de P{{sc|aul}} S{{sc|éruzier}}. -'''Le Premier chant de l'Iliade''', interprétation théâtrale en 4 tableaux, en vers, par J{{sc|ules}} M{{sc|éry}} et V{{sc|ictor}} M{{sc|elnotte}}; partie symphonique de G{{sc|abriel}} F{{sc|abre}} : partie décorative établie par Ch{{sc|arles}} G{{sc|uilloux}}.
{{gap}}Tel le programme de la Soirée pour laquelle, le 30 mars dernier, M. Paul Fort avait trouvé très amusant de réunir 800 personnes dans une salle construite pour contenir au plus 300 spectateurs. Dès 8 heures on s'écrasait aux portes ; fauteuils et chaises furent pris d'assaut par une nuée de barbares et la plupart des invités, munis d'authentiques coupons dûment numérotés cherchèrent vainement, comme toujours, les sièges qui leur étaient dévolus.
{{gap}}Après avoir écouté debout, aplati contre un mur et serré entre de vigoureuses épaules, une conférence où M. Jules Bois, sous prétexte d'expliquer aux profanes les Mystères d'E­leusis, dauba discrètement sur le compte de MM. Leconte de Lisle, Renan et Paul Bourget, je dus quitter la place, et, en attendant un entr'acte propice pour récupérer le fauteuil auquel j'avais droit, j'allai rejoindre les âmes en peine qui depuis le lever du rideau ambulaient dans les galeries, heureusement très vastes, du Théâtre d'application, sous les regards narquois des pastels de Gyp.
{{gap}}Ce fut de là que j'assistai, si je puis m'exprimer ainsi, aux ''Noces de Sathan et de Psyché''.
{{gap}}En ce poème, M. Jules Bois a commenté, parait-il, le dogme de la Chute et de l'Ascension s'achevant dans le mystère de la Rédemption. Sathan symbolise l'Humanité palpitante d’inquiétude et de révolte, l'Anarchie contemporaine avec sa foi brutale et son nihilisme de dillettante. Psyché, qui fut autre fois la Perséphone soumise au va-et-vient fatal de la nuit et de le lumière, est aujourd'hui la Médiatrice de Dieu, l'image affaiblie du Paraclet. Elle descendra dans les bras de Sathan, et le Révolté vaincu et racheté par cet amour divin deviendra le Messie qui se lèvera dans les nuages du Péché comme le soleil sort de la prison du matinal crépuscule.
{{gap}}Bien entendu, je ne parle de tout ceci que d'après la glose insérée dans le programme. Je ne doute point que M. Jules Bois n'ait déployé beaucoup de talent dans la facture de ce mystère, mais, n'ayant pas été à même d'en juger pour la raison que j'ai mentionnée plus avant, je ne saurais en écrire davantage sans compromettre ma bonne foi.