:Leur lèvre est rouge et leur front pâle ;
:Et sous le hennin couleur ciel,
:Leurs cheveux roux où rit l'opale,
:Bondissent en flots d'hydromel.
:Les Héroïnes sont farouches :
:Il faut des meurtres et des morts
:Pour atteindre au miel de leurs bouches.
:Leurs lents baisers sont des remords.
:Les batailles, les épopées,
:Les trahisons, les faux serments,
:Mieux qu'au clair fracas des épées
:Revivent dans leurs noms charmants :
:Mélusine, Yseulte, Genèvre.
:Triste comme un appel de cor,
:Leur nom baise et meurtrit la lèvre...
:Qui l'a dit le redit encor :
:Et s'animant dans l'ombre noire,
:Où leur cœur est enseveli,
:Les Héroïnes dans leur gloire
:Jaillissent du féroce oubli.
:La tunique entr'ouverte aux hanches,
:L'or des cheveux en fusion,
:Les sveltes reines aux mains blanches
:Surgissent, lente vision.
:La clarté du songe les baigne,
:Allumant en humide éclair
:Les perles rondes de leur peigne
:Et les tons nacrés de leur chair ;
:Et dans les feuilles trilobées
:Des chardons bleus et des lys d'or,
:Des reines au Temps dérobées
:Le clair essaim triomphe encor.
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