{{larger|''L'AVEUGLE''}}

{{gap}}Le vieux qu'ont délaissé les enfants pour la danse,
{{gap}}Avec sa barbe fluviale aux lourds glaçons
{{gap}}Et ses deux yeux d'aveugle où nage une ombre dense,
{{gap}}S'isole assis parmi la lourde exhalaison
{{gap}}Du lilas qui s'est éparpillé d'abondance
{{gap}}Et qu'on voit comme des perles sur le gazon.


{{gap}}La rumeur des ruches d'or d'alentour s'est tue ;
{{gap}}Et derrière le mur d'un feuillage estival,
{{gap}}On entend le lointain nasillement d'un bal.
{{gap}}Le vieux, lui ! dans le clos étoilé de laitue,
{{gap}}Met, avérant la paix du soir dominical,
{{gap}}Son immobilité profonde de statue.


{{gap}}Tel ! il s'isole, assis parmi l'exhalaison
{{gap}}De miel qu'ont les lilas ; tel ! dans le soir où fume,
{{gap}}Vers la rivière, un fin brouillard d'un blanc de plume,
{{gap}}Il rêve sous le toit léger des frondaisons,
{{gap}}Mais sans voir — ô pourtant quel charme s'en exhume ! —
{{gap}}Sans voir saigner, au loin, la crête des maisons.


{{gap}}Rien ne lui tire un cri d'amour, ni l'or immense
{{gap}}Du soleil qui s'immerge en quel vin glorieux !
{{gap}}Ni le feuillage ou maint reflet de pourpre danse :
{{gap}}Car ses yeux, autrefois braises vives ! ses yeux
{{gap}}Pleins, toujours, d'un désir en toute effervescence,
{{gap}}Un voile opalescent les exile des cieux !