{{larger|LE TRAVAIL}}

{{right|''À Henry d'Erville''.}}
I

{{sc|le jour}}

{{gap}}L'Usine ahane, écume et geint sous le ciel clair.
{{gap}}Au centre buissonneux des plaines alarmées
{{gap}}Ses fièvres, ses flambois, ses fracas, ses fumées
{{gap}}Exhalent une tache orageuse dans l'air
{{gap}}Et toisonnent le haut de son échine dure.
{{gap}}Comme une chienne oscille et quête en la verdure,
{{gap}}ague bête, aux yeux roux, apeurant de son flair
{{gap}}Les planantes amours dont l'azur se constelle
{{gap}}Et dont les gazouillis semblent fuir devant elle,
{{gap}}L'Usine ahane, écume et geint sous le ciel clair.

II

{{sc|le printemps}}

{{gap}}En costume princier que connut le servage,
{{gap}}Le Printemps arborant sa perruque à frimas
{{gap}}Étale la gaîté d'ironiques damas.
{{gap}}L'insidieux encens de la flore sauvage,
{{gap}}Le trille insinuant qui repeuple les nids,
{{gap}}Les fredons chuchotés des vieux troncs rajeunis
{{gap}}Circonviennent les cœurs qu'une langueur ravage.
{{gap}}L'Usine, froide à tous ces frissons palpitants,
{{gap}}A l'aspect sale et gris des rapaces traitants
{{gap}}En costumes princiers que connut le servage.

III

{{sc|l'été}}

{{gap}}Pareil au flot perlé des alcools stimuleurs,
{{gap}}L'Été giclant sous qui tout se grise et s'altère,
{{gap}}Comme une vaste enclume éclabousse la terre,
{{gap}}Fournaise en la clarté qui pleut sur ses douleurs,
{{gap}}L'Usine ronfle et bout ; sa ruche s'exténue
{{gap}}À la peine, et parmi la promiscuité nue
{{gap}}De son dépoitraillé labeur suant ses pleurs,
{{gap}}Parfois de brusques ruts étanchent leurs furies
{{gap}}À l'enivrant lac blond des jeunes chairs meurtries
{{gap}}Pareil au flot perlé des alcools stimuleurs.