Le Fantôme, roman (chapitres V, VI, VII, VIII et IX)

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Remy de Gourmont, « Le Fantôme, roman (chapitres V, VI, VII, VIII et IX) », Mercure de France, t. IV, n° 26, février 1892, p. 147-167


LE FANTOME

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V. — L'ORGUE


 « O Face adorable qui avez réjoui dans l'étable les anges, les pasteurs et les mages ! »
 A genoux devant rien, au milieu de sa chambre, la tète entre ses mains, déroulée vers ses reins l'innocence de ses cheveux pâles, elle proférait avec une grande pureté de voix cette éjaculation pieuse et la répétait, toujours la même, telle que la strophe amoureuse d'un chapelet.
 J'attendais la suite ; il n'y en eut pas, et elle se releva pour me sourire et me dire :
 — « Je prie par la musique des mots. Cette phrase trouvée en un ancien livre n'a-t-elle pas quelque chose d'assez doux et d'assez fort pour briser les portes de la négation et attendrir même, selon l'harmonie de sa grâce vocale, l'oreille aux aguets du Seigneur Jésus ? Oui, l'attendrir, pour que tout y passe, les litanies de mes peines secrètes et l'anxiété de faire ta joie... Et puis je songe à la Dame du très vieux temps, à la dame Véronique qui gagna par son bon cœur le privilège d'un mouchoir miraculisé. Oh ! entre toutes que je fusse celle-là, et m'écarter de la foule contente d'un spectacle et venir vers celui qui porte sa croix et doucement, comme d'une angélique main, essuyer la sueur sacrée de la Face adorable !... Et sur les images on me verrait, debout à mi-côte, avec à mes pieds la triste Jérusalem, déployant pour l'étonnement des Juifs stupides l'empreinte inestimable, et le condamné monte vers le sommet du monde, aux yeux de tous il souffre, il meurt, et moi je demeure là, les bras étendus afin que l'on vénère ce que je porte, et mon attitude survit à la résurrection, — car je suis la sixième station du Chemin de la Croix ! »
 Je répondis avec une ironie qui la déconcerta :
 — « Etre, n'est-ce pas, une Figure historique, afin de vous faire peindre à fresque par Fra Angelico, et votre nom écrit sur une banderolle et répété, en une antienne apocryphe et indulgenciée, par des anges que le théorbe accompagne ?
 — « Eh bien, oui ! reprit-elle en rougissant. Vous m'auriez choisie entre plusieurs peintures au lieu d'entre plusieurs femmes, et ne m'auriez-vous pas aimée tout autant ?
 — « Tout autant.
 — « Peut-être plus ?
 — « Peut-être plus.
 — « Et j'aurais peut-être dévoilé à votre contemplation, rien que par mon genre de regard, toujours le même, une âme plus agréable et certainement moins contradictoire, plus facile à satisfaire et moins embarrassée, sûre de toujours vous plaire et pas effarée de tout comme je suis, — car, je puis bien vous le confier, Damase, je ne comprends rien ni à vous, ni à la vie, ni à moi, ni à rien.
 — « Hyacinthe, l'orgueil de vouloir comprendre est dangereux, immoral et, de plus, démodé. La devise moderne (la dernière) n'est-elle pas : « Marcher, sans savoir pourquoi, et le plus vite possible, vers un but inconnu » ? Agir et penser sont des contraires qui ne s'identifient que dans l'Absolu. Beaucoup de gestes, remuer la tête, remuer les bras, remuer les jambes, — sans pourtant ressembler expressément à un pantin, — accomplir ces mouvements avec la sécurité que donne la conscience du droit, voilà ce qui est recommandé par dessus tout. Soyons des citoyens de l'activité universelle et oublions de prendre conscience de nous-mêmes. Le cheval aveugle galope sans hésitation, car ignorant d'où il vient il ignore où il va : crevons-nous les yeux.
 — « Vous manquez d'indulgence, Damase. Il ne faut pas me traiter par l'ironie, cela me fait souffrir.
 — « Plus tu sauras, plus tu souffriras. L'Absolu a souffert absolument, et peut-être encore ! Une infinie tristesse s'est répandue sur le monde, et d'où sinon d'en haut? Songe à la douleur divine, après la vanité du rachat, vain comme la vanité qu'il rachetait ! Le sacrifice fut incompris, hors de quelques-uns qui n'ont aujourd'hui que des héritiers obscurs, imbéciles ou désarmés.
 — « Pensons à nous-mêmes, dit Hyacinthe.
 — « Oui, soyons égoïstes et nous serons peut-être sauvés. Le salut est personnel. Nous, d'abord, et délestons de toute fraternité inutile le vol de la chimère qui nous emporte aux étoiles.
 — « Ne devons-nous pas aimer les autres ?
 — « Nous ne devons pas aimer les mauvaises volontés : elles se sont, d'elles-mêmes, mises en dehors de l'amour. Mais il n'est pas nécessaire de les haïr ni de les mépriser.
 — « Je voudrais, dit Hyacinthe, les aimer quand même, — un peu.
 — « Non, ce sont des négations : ce serait aimer le mal qu'elles symbolisent.
 — « Pourtant j'aime les bêtes.
 — « Les bêtes sont innocentes.
 — « Ah ! nous allons devenir bien pharisiens ! »
 Cette remarque m'interdit, car Hyacinthe avait raison, — relativement. Pratique, telle que toute femme, elle ne voulait pas fermer le cercle sans espoir de solution ; il lui fallait garder une possibilité de cousinage avec l'humanité. Je lui concédai son désir pour le cas où nous serions devenus l'un pour l'autre des sachets empoisonnés.
 Toutefois, je repris :
 — « En toute religion, — même en celle que nous pratiquons (oh ! surtout en paroles, comme des gens que l'acte déconsidère, au moins momentanément, à leurs propres yeux), — il y a un ésotérisme, un mystère qui, une fois pénétré, dispense le fidèle de toute charité médiate. N'ayant plus de relations qu'avec l'Infini, il s'abstrait de la création, n'est tenu envers ses frères, mauvais ou bons, à aucune sorte d'amour effectif ou théorique : c'est l'état d'indifférence, la nuit de la volonté, l'un des stages de la nuit obscure de l'âme qui comprend également l'anéantissement sensuel et l'anéantissement intellectuel, — prologue de la vie en Dieu, pénultième station avant la vision béatifique.
 — « Et quel est, dit Hyacinthe, ce mystère à pénétrer ?
 — « A peine si c'est un mystère, Hyacinthe, à moins que l'évidence n'ait droit, elle aussi, à ce nom plus prostitué qu'une conscience d'évêque. Il s'agit tout simplement de la science du néant, qui s'acquiert plutôt par un acte de foi que par une déduction logique, — bien qu'en somme son acquisition soit le but dernier de la logique elle-même. Mais, vous avez dit vrai, il y aurait du pharisaïsme à croire que nous avons conquis cette connaissance suprême !
 — « Pourquoi donc, Damase?
 — « Ne sommes-nous pas des sexes?
 — « Oui, oui ! cria-t-elle, oui ! J'y tiens, au mien et au tien. Il n'y a que cela que je comprenne, — presque ! Et encore cela m'attriste.
 — « Je le sais, petite adorable menteuse, tu me l'as déjà dit : cela t'attriste — après ! Tu fais semblant de m'écouter et tu penses à des baisers. Tu n'es — comme les autres — qu'une gaîne !
 — « Hé ! puis-je pas être cela, et autre chose en même temps ? Je suis une gaîne aussi pour tes idées, — et elles sont rudes, parfois, tel qu'un mauvais rêve.
 — « Tu es fallacieuse !
 — « N'est-ce pas ton désir, Damase ? Ne dois-je pas être pour toi une illusion ? »
 Nous étions sortis de la chambre et de la maison, — accueillis avec la déférence due aux seigneurs par la vieille avenue de hêtres respectueuse et solennelle: et reconnaissants aux nobles arbres nous marchions avec une lenteur comme de procession, d'accord avec le ploiement des larges branches que le vent, une à une, inclinait vers nos têtes. L'orgue vaste chantait : nous écoutions, et nos oreilles accoutumées distinguaient le bruit des hautes et des basses feuilles, les dires du hêtre, des peupliers, des pins et des chênes circonvoisins. L'avenue proférait les notes dominantes, et dans l'accompagnement précipité des peupliers les pins jetaient leur lamentable plainte et les chênes la sonorité grave d'une voix de mâle.
 La chute de la nuit pacifia tous les bruits : ils semblèrent descendre et rentrer dans l'herbe, qui, maintenant, craquait sous nos pieds.
 — « Enfin, dit Hyacinthe, où voulons-nous en venir ?
 — « Mais, répondis-je, il me semble qu'une croyance positive et stricte, par exemple en nous-mêmes, en notre utilité absolue et mystique, libérerait notre logique de bien des inconséquences. Je crains que nous ne soyons un peu enclins au jeu. Vous êtes-vous arrêtée, parfois, en un jardin, à Paris, devant de petites immanences, cheveux dans le cou et jambes nues, jouant à la raquette ? Et avez-vous pénétré le profond sérieux, sous de plaisantes apparences, avec lequel ces animalcules se renvoient, en glapissant de volupté, leurs âmes à plumes, leurs volants immortels ? »
 Au bout de l'avenue des points lumineux apparurent, deux ou trois, surgissant comme des fanaux au-dessus de l'immobile mer des choses. Silencieusement nous nous arrêtâmes, éprouvant les incertitudes de l'imprévu, puis en les maisons devinées, derrière la fenêtre vive, nous imaginions de paisibles vies heureuses de l'abri et du repos, délivrées du souci, de la pensée, contemplatives de leur douce végétalité, lentes au geste et peu de paroles. Ah ! qu'il fait bon vivre là où l'on n'est pas.
 L'église était ouverte encore, personne n'y priait et les ténèbres intérieures dormaient sous la lampe éternelle.
 Nos genoux heurtèrent l'orgue du chœur, je soulevai la lourde chape de chêne et les doigts d'Hyacinthe chantèrent la gloire triste de vivre dans l'indéniable et essentielle obscurité. Sans rancune contre les lumières éteintes, contre la noirceur du ciel, ils demandaient très humblement pour nos âmes une lueur, — oh ! pas davantage ! - une syllabe de flamme pâle. Aux doigts en mouvement les pierreries des bagues chatoyaient un peu parmi la pénombre, — ainsi que des pensées confuses, mais vraies : rien que cette vérité-là, intermittente et vague, mais certaine !
 Donc, je m'élevais aux cimes du désir métaphysique tout en caressant d'une distraite main les petits cheveux d'Hyacinthe et le contour de ses oreilles, vérité non pas douteuse, celle-ci, mais authentique et d'une certitude si candide ! Les cheveux étaient doux comme des aveux : ils s'abandonnaient à mes doigts et s'enroulaient si naïvement, avec tant de bon vouloir à me faire plaisir, et l'oreille était si inquiétante avec ses méandres et en même temps si docile à mon jeu de manipuler, et Hyacinthe était si bien toute frémissante et si parfaitement isochrone avec le galop de mes pulsations, — que l'orgue se tut.
 Nous observâmes le respect dû au Saint Lieu en nous unissant selon toute la modestie compatible avec les gestes de l'amour.


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VI. — LES IMAGES.


 Regarder des images pieuses, des représentations de saintes dont la face blême s'amincit dans un halo d'or, d'amantes qui laissèrent toute terrestre inquiétude oubliée entre les lys, de celles qui firent saigner leur corps, qui furent folles de leur cœur...
 — « Croyez-vous, me demanda Hyacinthe, qu'elles aient éprouvé des joies plus pures que nous, pécheurs, en notre péché ? N'était-il pas très pur, notre péché ?
 — « Hyacinthe, vous déraisonnez.
 — « Nullement, Damase, je me réalise, j'affermis mon fantôme, je le repétris dans le ciment des souvenirs sensationnels. Cette seule fois il y eut un après, une persistance de volupté, la permanence d'une caresse qui, à travers la forêt des fibres, avait atteint mon âme et l'avait sensibilisée, — peut-être pour toujours !
 — « Cher enfant gâté, il lui faut le péché !
 — « Oh ! ceci vous regarde. Moi, je n'ai pas de conscience, puisque je vous fis don de mon libre-arbitre, et que vous l'aceptâtes.
 — « Et si je vous emmène dans les ténèbres extérieures ?
 — « Je vous suivrai, mon ami, sûre d'être bien partout où je serai avec vous. »
 Cela valait un baiser, que je lui donnai ; ensuite je dis :
 — « Ce n'était pas un péché.
 — « Oh ! par exemple ! »
 Incrédule, elle me raillait. Il fallut consulter des auteurs, lui prouver par des textes la vénialité de notre abandon. Elle en fut chagrinée, ou bien ce n'était qu'une vaniteuse feinte, car je ne lui connus jamais de perversité réelle, une bravade propre à m'émouvoir et à susciter ma contradiction.
 — « Le péché, dis-je, est toujours médiocre. C'est, en soi, un acte incomplet, borné par sa propre nature et qui n'élabore qu'une simagrée nulle. Contraire à la pensée divine, il demeure à mi-chemin de la contradiction, puisque l'absolu dans le mal est impossible, même à concevoir.
 — « Je ne cherche pas l'absolu, moi, dit Hyacinthe, et seules, même incomplètes, les sensations me font vivre. Je veux bien qu'elles soient vaines, si leur vanité m'est douce. Tu te souviens qu'aux premières initiations je fus déçue et qu'ensuite telles expériences me contristèrent : eh bien, d'hier la lumière dure encore, — dans le cœur de la modeste peccatrice, mon cher Damase. Pourquoi ?
 — « Parce que l'ironie est un des éléments de la joie et qu'il vous a paru notablement irrespectueux de vous pâmer sous la vigie du Tabernacle, mais il y a de divines indulgences pour ces distractions : ce ne fut qu'un manquement à l'étiquette, — et le reste, vous l'imaginâtes.
 — « Et quelle différence voyez-vous entre l'imaginaire et le réel ?
 — « Subjectivement aucune, Hyacinthe, vous le savez bien. Toutefois ces deux sortes de faits, différenciés initialement par le verbe, ne marquent pas l'âme des mêmes cicatrices, la pensée se nie par la pensée, et l'acte par l'acte. Vous n'ignorez pas que le péché se commet selon trois modes : en pensée, en parole, en action...
 — « Et vous croyez vraiment que je pense ?
 — « Peut-être, — sans le savoir ! Ayant étudié de très près les femmes, Schopenhauer put établir sa théorie de l'Inconscient : il avait compris que l'intelligence peut coïncider avec l'automatisme. Son Dieu-Monde est une femme élevée à l'infini, — genre de Dieu fort dangereux et sous le gouvernement duquel il faut s'attendre à toutes sortes de cataclysmes, Dieu inconnaissable pour l'humanité et inconnaissable pour lui-même. Et toi, petit Dieu ironique, je voudrais m'imboire de ta spiritualité, — et je ne puis. Tu fuis sous le tranchant de mon intelligence comme les folles herbes marines sous le fil de la faux... »
 Hyacinthe semblait distraite aux images...

 Scholastique, à son poing, mystique épervier, l'Esprit se symbolisait en oiseau familier, les ailes comme un double bouclier épandues sur les seins de la vierge élue.
 Claire, ses mains gantées capturent l'ostensoir et ses yeux clairs pleurent des larmes surnaturelles.
 Ida la blanche au chef réceint d'épines, et Colette, agnelette égorgée par l'Amour.
 Sur la croix que porte Catherine, des lys ont daigné fleurir.
 Christine, à ses épaules de grandes ailes surgirent dans la déchirure de la bure, et ses pieds nus stygmatisés ensanglantaient les dalles du monastère.
 — « Eh bien, connais-moi ! » proféra Hyacinthe, en se tordant sur mes genoux selon un rythme tel qu'elle en paraissait dévêtue.
 Le divan aux coussins de sinople fut notre intermédiaire.
 Après, elle me garda sur elle une seconde pour me dire:
 « Voilà comment on peut me connaître, — et pas autrement! »


VII. — LES LARMES


 Songeant aux sensations fictives et aux visions équivalentes, il m'arriva de torturer Hyacinthe très cruellement. Je lui en avais fait la promesse, mais une native bonté d'âme et la nouveauté des fatales occupations amoureuses m'aveuglaient et restreignaient jusqu'à la naiveté indulgente mon devoir d'inquisiteur.
 Pharmacoper les âmes par la seule drogue qui les purge, la douleur, — c'est assurément la suprême charité, mais combien difficile à exercer envers les êtres que l'on aime! D'innocentes hosties ne sentent pas le prix du martyre immérité, et quel courage pour braver, de la bouche qu'on adore, la vocifération de : bourreau!
 Hyacinthe accueillerait-elle comme des amies mes mains allumeuses de bûchers ou les mordrait-elle, à dents par la révolte empoisonnées?
 Mais il le fallait, et j'avais un autre motif: c'est que les larmes sont toujours un peu révélatrices du parfum intérieur, de l'essence enclose dans le flacon secret.
 — « Hyacinthe, dis-je, en secouant le bras vilainement, un soir que nous revenions d'une promenade par les allées où pleuraient déjà les feuilles sèches, — que vous êtes lourde!
 — « Oh! Par exemple! »
 C'était le mode familier de son indignation ou de sa surprise.
  — « Lourde, ma chère, ou alourdie peut-être. Seriez-vous lasse?
  — « De quoi?
  — « Mais, de me suivre, ombre ! »
  Elle me trouva méchant et s'attrista.
  — « Ombre ! Eh bien, n'est-ce pas mon devoir et ma joie ! Quand tu m'appelas à la vie (je ne sais comment) ce fut pour te suivre, il me semble, pour te répliquer selon des modes explicatifs et non contradictoires, — enfin, pour matérialiser en la substance que je te parais, en la forme que je t'apparais, ton rêve d'un autre sexe. Est-ce mon rôle, oui ou non ? Alors, que me reproches-tu et pourquoi me fais-tu pleurer, — moi, ta pensée même ?
  — « Tu est lourde, parfois, comme un ennui, — et tu te matérialises trop.
  — « Je suis ce que tu as voulu, reprit Hyacinthe, et je t'appartiens tellement que de me blâmer, c'est toi-même que tu offenses.
  — « Elle n'a donc jamais pensé, l'Hyacinthe adorée, dis-je, en émettant d'atroces sous-entendus d'ironie, que ce qui a commencé doit finir ?
  — « Je ne sais plus quand j'ai commencé à t'aimer, c'est-à-dire à vivre, dit Hyacinthe en tremblant, mais je ne veux pas finir.
  — « Imbecilla pluma est velle sine subsidio Dei . La volonté n'existe que conforme à la logique la plus haute. Si tu m'appartiens, tu ne peux vouloir. La rébellion d'un fantôme ! »
  Elle devint amère:
  — « Cependant j'ai une âme.
  — « On dit aussi l'âme d'un violon et l'âme d'un soufflet, — mais je vous l'accorde, Hyacinthe, votre âme immortelle de femme, immortellement futile et négatrice. C'est elle qui me gène et dont les émanations s'élèvent en fumée autour de moi et obscurcissent ma vision de l'infini. Si je pouvais t'aviver jusqu'à la lumière, charbon sans flamme, mais tu restes noir sous mon haleine et tu infestes d'odeurs charnelles le laboratoire de mes désirs purs.
  — « Annihile-moi, Damase, pulvérise l'ininflammable charbon, — mais tais-toi, et qu'en mourant je puisse adorer encore tes lèvres muettes !
  — « Pourquoi t'aimerais-je, même en paroles, puisque tu me damnes et que je le sais ?
  — « Au moins, Damase, ne me sépare pas de ta damnation, et que nous soyons deux — en Enfer !
  — « Tu me l'as déjà dit. Ah ! stupidité des amoureuses excessives. « Mon Dieu, que je sois damnée, pourvu que je vous aime ! » — n'est-ce pas?
  Mais, enfant plus irraisonnable que la trajectoire brisée d'une idée de fou, — damnée, tu me haïras. L'enfer n'est que haine, et si une lueur de joie phophorescente irradia jamais les prunelles dédiées aux éternelles ténèbres, ce fut dans les yeux morts d'un damné souffrant côte à côte avec l'être pour lequel il ouvrit jadis l'inestimable fontaine de son cœur sacrifié.
  — « Tu me fais peur ! Tu me me fais peur ! »
  Hyacinthe se jeta mourante dans les bras du tortionnaire. Elle se serrait contre la raison même de son effroi; elle baisait la main qui l'endolorait, les érignes qui lui déchiraient les seins, le sphondylotrobe qui lui écrasait les vertèbres.
  Ne pouvant peut-être, tout au fond d'elle-même, me croire si méchant que je me faisais, elle leva vers mes yeux ses yeux épouvantés, quêtant une fuyante étincelle de douceur, une débile nuance de consolation précaire, — mais, impitoyable, je maintenais le sérieux triste dont j'avais imposé l'esclavage aux muscles de ma face.
  La baisant au front, je dis:
  — « Que la plupart des paroles que je prononçai soient dissoutes, mais les dernières, non. »
  Soudain, je sentis naître et croître en moi une idée diabolique, — évoquée sans nul doute par les mots spécieux que j'avais antérieurement prononcés.
  Je renversai Hyacinthe sur le divan où elle était venue tomber vers moi, et je dévorai la joie mauvaise de posséder une femme paralysée par la terreur.
  Selon de brusques retours elle passait de la souffrance au plaisir, mais sans oublier encore, au milieu de la musique des chatouillements sexuels, le discord des impressions pénibles, partagée entre l'indiscutable violence des actuelles sensations et la peur qu'après l'extase le monstrueux étau de la haine ne la capturât en ses bras de fer pour l'éternité.
  J'eus le courage de prolonger l'expérience, dosant avec scrupule les arrêts et les mouvements, variant le rythme pour déconcerter la certitude, et Hyacinthe, effarée des contradictions qui martyrisaient sa chair heureuse, souffrait délicieusement, prête à s'épandre en sanglots, prête à mourir d'amour dans un paradis infernal.
  Enfin, les larmes jaillirent : je les bus comme de précieuses perles de sang.
 

VIII. — LES LICORNES

 Après cette crise, Hyacinthe m'ayant pardonné, — avec presque l'étonnement que j'eusse besoin de pardon, — nous entrâmes résolument dans la forêt mystique, où ne vivent nulles autres notables bêtes que les peureuses licornes. Comme elles fuyaient devant elle, secouées par de grands airs dédaigneux, ce fut pour mon amie une occasion excessivement propice de regretter sa virginité. Je lui fis comprendre qu'il y avait un mérite évident en un tel regret, une dorure très fine pour son âme fanée, une parure de repentir peut-être supérieure même à l'intégrité perdue, et elle consentit à offrir à Jésus l'oblation des plaisirs où elle avait compromis la native candeur de sa toison.
  De métaphores en métaphores nous nous élevâmes au mystère du Sacrifice. « Mon Amour est crucifié»— ό ὲρὁς έρως έστάνρωται. Le mysticisme tel que nous l'acceptâmes nous paraissait la suprême dignité d'une âme humaine dédaigneuse d'intermédiaires entre sa noblesse et l'infinie noblesse de Dieu, entre sa quotidienne agonie et l'immortelle agonie du Christ. C'est selon ces dispositions que nous décidâmes d'assister désormais à la messe que chanteraient en nos mémoires le prêtre et les diacres choisis parmi les plus sanctifiés dont les gestes d'adoration s'élèvent entre les lames de plomb des vieux vitraux.

IX. — LES FIGURES

 Cloches, vases sacrés, oints, bénits et baptisés, trompettes et marteaux de jadis, semanterions et xylophones, noles, campanes, airains, tintinnabules, cloches, vases sacrés !
  La hiérarchie est convoquée jusqu'au plus modeste, qui n'est rien et qui va devenir égal en immunité aux plus hauts saints : il participe au signe de la croix.
  Source lavatoire, l'eau salée mugit dans le bénitier comme un océan de conjurations.
  Femmes, vierges, clercs, lais : il n'y a plus de pénitents captifs sous la symbolique chaîne d'un démon de pierre ; il n'y a plus de chœur des vierges, la cloison est abattue et la vierge a perdu la fierté de son état. Il n'y a plus de grille aux strictes mailles : le sanctuaire s'est ouvert. Le prêtre n'est plus vieux par règle et même il est jeune et ses cheveux blonds dorent d'un reflet de concupiscence l'œil des matrones dévoilées.
  Seul, le Pauvre, liturgiquement se tient à la porte, avec le devoir de gémir, afin que les oreilles heureuses s'épouvantent au cri de l'éternelle misère.
 Des sépulcres, sous les dalles, s'exhale une odeur de vie permanente ; et des ossuaires, une radiance d'étoiles. Les reliquaires contiennent de la poussière d'amour.
  Le chrême a sacré la table de l'autel (ainsi le très saint Jésus se purifie lui-même) et, tel que d'un parterre impérial, les cierges, sous l'arrosoir enflammé des accolytes, vont surgir et fleurir.
  Les anges prient, humanisés par des simulacres très raisonnables, car il est bien véritable qu'ils odorent les parfums essentiels, qu'ils goûtent les suavités saintes, qu'ils entendent la parole incréée : ils sont jeunes, forts, libres, plus féconds que les plus puissants reins. Ils vont nus, sans corruption, et s'ils se vêtent, c'est de la transparence du feu.
  Ange aussi, l'aigle du lectorium, aux élévations royales ; anges, les lions couchés, autoritaires et obscurs.

Oraison

 Jésus, le grain d'encens fume dans l'encensoir : la Victime s'allume et l'oblation future s'accomplit en désir. Elle s'allume et fume et son amour apparaît sur la scène du monde : les Figures surveillent leurs accomplissements.
  Le Prêtre. — Exorcizo te, creatura salis, je t'exorcise, ô créature, pour que tu guérisses la stérilité des eaux. Exorcizo te, creatura aquae, je t'exorcise, ô créature, pour que tu apaises l'amertume du sel.

Oraison

 Dorénavant, l'eau sera salée et il pleuvera d'incorruptibles rosées : dénudez vos tètes, ce sont les larmes de Jésus.

Procession

 Les Palmes absolues s'érigent en concerts alternatifs autour du Prédestiné que le Verbe antérieur donne à la vie. Il se mêle au peuple, et le Sacrifice, comme une constellation, s'avançe le premier.
 Le Prêtre. — Veni, Sancte Spiritus.

Prose

 Le Choeur Saint Esprit, Esprit des cimes, Esprit radiant.

Esprit prodigue, Lumière!
Très bon consolateur,
Hôte très doux des âmes,
Refuge ombraculaire!
O flamme très heureuse,
Lave les cœurs sordides,
Arrose les cœurs arides,
O toi l'Esprit!
Fléchis les cœurs rigides,
Fromente les cœurs frigides,
O toi l'Esprit,
O Flamme très heureuse!
Nous attendons le sacré Septennaire,
Amen.
O Flamme très heureuse,
Amen.
Oraison

 Flambez, flambeaux ardents, soyez l'illumination de l'Agneau! Brûle, cire vierge de l'homme: ton essence est incombustible.
 Le Prêtre. — Seigneur, votre Fils accepta le fardeau de la chair, je couvre mes épaules du joug de la chasuble.
 Au nom des Trois qui sont Un, soient baisés à jamais tes pieds divins.
 Jésus-Christ. — Introibo. Je suis pareil aux victimes nourries dans le Temple : j'attends l'heure propitiatoire.
 Le Prêtre. — Introibo. Je monterai à l'autel, je monterai vers Celui qui me réjouira d'une éternelle jeunesse.
 Juge-moi, Seigneur, discerne ma cause d'entre la gent des Gentils; de l'homme inique et dolosif arrache-moi!
 Jésus-Christ. — Le Dragon illusionne les âmes: plantez la Verge fleurie.

Oraison

 La droite est la dignité du Roi, mais la gauche est réservée à l'Amour : c'est là que l'on goûte la plénitude des influences excessives. Les cheveux de Jean ont la douceur des âmes fraîches : il reçoit d'un cœur pâmé les caresses de son Maître.
 Le Prêtre. — Ab illo benedicaris in cujus honore cremaberis. Amen.
 Jésus-Christ. — Je suis venu incendier la terre: ce que n'ont pas fait les Chérubins, je l'accomplirai, car l'Esprit est en moi et tout le reste est stupidité.

Oraison

 La navette est un navire, les grains d'encens sont l'équipage: la navette est un navire sans voilure et sans cordage: la navette est un navire et ses flancs sont gonflés d'or. Vierge, et toi, Thuriféraire, tu portes entre tes mains la barque de saint Pierre, stable et profonde comme le sein de Dieu. La navette est un navire, l'or de ses flancs, ce sont les peuples : un sacrement les pèche et les sauve et les plonge dans la fournaise. La navette est un navire et l'encensoir est la fournaise.
 Le Prêtre. — Kyrie eleison.
 Le Choeur. — Christe eleison.

Oraison

 Le parfum s'élève au-dessus des roses, car les roses moisiront, mais le parfum des roses est une oblation imputrescible.
 Le Prêtre. — Gloria in excelsis.
 Le Choeur. — Gloire, gloire, gloire à l'Esprit.

Gloire à la Béatitude,
Gloire à l'Essence,
Gloire à l'Unité,
Gloire à la Plénitude,
Gloire, gloire, gloire à l'Esprit.

 Le Prêtre. — Je suis la Voix qui crie dans le désert, la Voix qui n'est pas bénie et mon infécondité me désespère.
 Je suis un ministre de mort, un ministre d'aveuglement: les voiles de deuil m'accablent de nuit.
 Jésus-Christ. — Plantez la Verge fleurie.

Epitre
S. Paul, Rom. 24.

 C'est pourquoi Dieu, selon les convoitises de leur cœur, les à livrés à la souillure: tellement qu'ils ont déshonoré leurs propres corps. A cause de cela, Dieu les a livrés aux passions de l'ignominie : car les femmes ont changé l'usage de nature en des usages qui sont contre nature. Et pareillement les hommes, abandonnant l'usage naturel de la femme, ont l'un pour l'autre brûlé de désir, les mâles sur les mâles opérant des turpitudes et recevant en eux-mêmes le convenable salaire de leur égarement.
 Le Prêtre- — O Virga ac diadema.

Séquence

 Le Choeur. — O verge et diadème du roi de pourpre,
 Tes gemmes ont fleuri en une haute prévoyance, dès le temps où dans l'homme dormait le genre humain.
 O fleur, tu n'as pas germé de la rosée, ni des gouttes de la pluie, et l'air n'a pas plané autour de toi, mais tu es née sur une très noble verge par l'œuvre de la seule Clarté.
 O verge, tu as surgi tout en or, ô verge et diadème du roi de pourpre.
 Jésus-Christ. — Ce que je vous dis dans les ténèbres, redites-le dans la lumière.

Évangile

 En ce temps-là le Seigneur, interrogé par une certaine Salomé sur le temps de son règne, répondit : « Lorsque deux feront un et lorsque ce qui est en dehors sera comme ce qui est dedans, et lorsque le mâle étant sur la femelle, ils ne seront ni mâle ni femelle. » Salomé demanda : « Jusques à quand les hommes mourront-ils? » Le Seigneur dit: « Tant que, vous autres femmes, vous enfanterez. » Salomé demanda : « J'ai donc bien fait, moi qui n'ai pas enfanté? » Le Seigneur répondit : « Nourrissez-vous de toute herbe, mais ne vous nourrissez pas de celle qui a de l'amertume. » Le seigneur dit encore : « Je suis venu pour détruire les œuvres de la femme : or ses œuvres sont la génération et la mort. »
 Le Choeur. — Ainsi soit-il.

Prône

 Dieu, lisons-nous en saint Denys l'Aréopagite, Dieu n'est ni âme, ni nombre, ni ordre, ni grandeur, ni égalité, ni similitude, ni dissemblance. Il ne vit point, il n'est point la vie. Il n'est ni essence, ni éternité, ni temps. Il n'est pas science, il n'est pas sagesse, il n'est pas unité, ni divinité, ni bonté. Nul ne le connaît tel qu'il est et il ne connaît aucune des choses qui existent telle qu'elle est. Il n'est point parole, il n'est point pensée et il ne peut être ni nommé, ni compris.
 Prière. — O Trinité très essentielle, nous te supplions de nous recevoir en ta trans-lumineuse obscurité.
 Le Prêtre. — Credo.
 Jésus-Christ. — Brisez la Verge morte, plantez la Verge fleurie.
 Le Chœur. — Credo. Je crois à la faute et à la rédemption, je crois à la mort et à la résurrection. Credo. Amen.

Oblation

 Elle a trouvé douze corbeilles dans son héritage, douze corbeilles de pain bénit.
 Les Figures sont les gardiennes du mystère, et toutes les figures obéissent au Symbole.
 Le ventre de la Femme est un autel d'offrande et la première station du Calvaire, l'habitacle premier choisi par l'Hostie : oblation obscure, prélude sanglant de la Transfixion.
 Le Prêtre. — Reçois, Père, l'immaculé sacrifice de primordiale intention : l'azyme a la blancheur d'un front divin. O Jésus, pain candide ! O Jésus, pain neigeux ! Le vin des gémellions a des grâces de cordial, mais le sang est thaumaturge. Reçois, Père, l'immaculé sacrifice, et toi, peuple, pense au prix de ton rachat.

Oraison

 La Patène apporte la paix.
 Marie, nimbée de rouge, élève sous un dais de pourpre l'Enfant-Roi, deux anges offrent la fumée procellaire de leurs encensoirs, et Jésus aussi s'auréole de sang, et les anges, et sur le ciel bleu, doré par les étoiles, des nuées de tonnerre s'amoncellent, couleur de colère et couleur de paix, couleur de sang.

Antiphone

 Le Roi était couché, le Roi dormait dans son lit royal, mais le nard de mon amour a pénétré son sommeil, et le Roi s'est levé et a dit: « J'entrerai dans ce corps à la bonne odeur et je dormirai là. »
 Le Prêtre. — Que mes mains soient des mains innocentes.
 … Dans tous les siècles des siècles.

Préface

 Les glorifications angéliques, les adorations archangéliques, la révérence des Dominations, le tremblement des Puissances, l'extase des Thrônes, la joie des Vertus, la volupté des Séraphins : Peuple, ton humble exultation atteindra, si tu es pur, à la concordance des Béatitudes.
 Le Choeur. — Sanctus, Sanctus, Sanctus. Les yeux des anges sont sous leurs ailes, et nous, ta gloire nous aveugle, ô Seigneur.
 L'Orgue. — Des ténèbres du profond exil, l'âme d'un seul bond s'exalte aux bleus violents de l'espérance, puis se profuse en laudations couleur de soleil.
 De glauques ondulations agitent les abîmes, l'océan de la peur se soulève en vertes écumes, mais une main paraît sur la surface des eaux troublées et d'une cassollette invisible se répandent d'abondantes fumées violettes.
 Les vagues humaines se gonflent vers le ciel, et dans les corps transfigurés les cœurs palpitent comme des roses au vent du matin, et les yeux sont vraiment de pures améthystes : des nuages candides dérobent les ventres frissonnants d'amour et tout s'apothéose dans la blancheur totale.
 Le Choeur. — O salutaris Hostia,
 Quae Coeli pandis ostium.
 Le Prêtre. — Père clémentissime, accepte l'oblation sacrificatoire de notre servitude. Nous la signons de ton sang, nous la scellons de ton corps.

Oraison

 Magie d'une surnaturalité terrifiante, ô puissance absolue, invincible domination des mots, merveilleuse fonction des syllabes : Verba consecrationis efficiunt quod significant : et la parole, ici, est une immolation
 Jésus-Christ. — La Verge a poussé comme un cèdre et le cèdre a étendu des bras cruciformes: plantez la Croix du Salut.

Elévation


 L'hostie s'élève dans les flammes solaires: l'Agneau demeure et saigne sur la terre.
 Le Prêtre. — Souviens-toi, Christ, du sommeil de la paix. Accorde-nous la paix du tombeau et le silence sacré des nécropoles.
 Jésus-Christ. — Vous dormirez en paix trois jours, si vous m'aimez, et la pierre de vos tombes se brisera, et vous connaîtrez la Vie, si vous avez connu l'Amour.
 Le Prêtre. — Pater noster.

Oraison


 Le Verbe est la splendeur de la gloire et la figure de la substance.
 Le Choeur. — Agnus Dcei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis.

Oraison


 Les baisers sont les endormeurs des anciennes querelles, les baisers sont les pacificateurs corporels.
 Le Choeur. — Agnus Dcei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis.
 Jésus-Christ. — Plantez la Croix dans vos cœurs.

Communion


 Chair du Salut, Sang de l'éternelle joie, soyez la macération de ma chair et l'apaisement de mon sang. Je crucifierai mes désirs sur la croix du calvaire, je couronnerai mes pensées de la couronne d'épines, j'enfoncerai dans mon côté la lance du renoncement, je boirai le vinaigre de la dérision et nul plaisir jamais n'amoindrira mon âme.
 Jésus-Christ. — Le plaisir s'arrête à l'unité et les douleurs sont au nombre de sept fois sept. 
 Le Choeur. — Pitié ! Pitié! 
 Jésus-Christ. — Tout est consommé. 
 Le Prêtre.— Ite, missa est.

Evangile


 Au commencement était le Verbe et le Verbe était en Dieu et le Verbe était Dieu. Dès le commencement il était en Dieu.Toutes choses ont été faites par lui et sans lui rien n'a été fait. En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes: et la lumière était dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont pas comprise.
 Amen.

Remy de Gourmont


 (La fin dans la prochaine livraison.)


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