Page:Mercure de France tome 003 1891 page 217.jpg

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de cohabitation un peu excessif. Sa tête, sous l'imaginaire étau de sang glacé, se brisait comme un os dans une gueule de chien, — et l'Ironie l'épouvantait, comme s'épouvante un assassin qui veut, et ne peut, paralysé, redoubler le coup de grâce... »
 Il articulait, sans parole extérieure, des chapelets de « pardon, pardon, pardon » : à Dieu, à Elle, à toute la vie, à toutes les choses, au lit creusé tel qu'un tas de sable fuyant vers un abîme, aux cheveux blonds mouillés par la sueur de l'angoisse, aux seins violentés... au Christ de l'alcove, au Christ de cuivre, qui souriait aux lumières, amèrement... à tout, à la porte brisée, au gynécée troublé dans son silence, à la bouche écrasée par les morsures...
 ...A la bouche surtout, — mais la bouche de vierge et maintenant de femme, la bouche d'enfant et maintenant d'amoureuse, la bouche adorable de la fille de Loth s'ouvrit et murmura dans un baiser : « Je t'aime! »


LE RÊVE


 Primary avoisinait la cinquantaine, lorsque sa maîtresse lui dit, un matin, avec cet air spécial que prennent les femmes pour annoncer à leur bien-aimé des choses d'un embêtement rare et décisif, mais des choses qui crucifient leur chair à elles, et qui la flattent, des choses comme seules elles peuvent en dire, des choses représentatives — absolument — de leur sexe :
 - Tu sais, je suis enceinte.


 - C'est une fille, monsieur, dit la sage-femme, des épingles entre les lèvres. Primary, les yeux vagues, regardait, sans le voir, l'être à la peau de crevette cuite, le fœtus macéré par les alcools amniotiques : il rêvait : une fille : il la voyait montrant, sous sa robe de huit ans, de fluettes jambes de jeune autruche, courant et s'arrêtant

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