Page:Mercure de France tome 003 1891 page 218.jpg

De MercureWiki.

Cette page n’a pas encore été corrigée.


de courir à la caresse d'un désir mâle, grimpeuse volontiers vers des genoux agités et chatouilleurs ; il la voyait chuchoteuse et sourieuse; les yeux larges et la bouche gourmande, innocente et tentatrice, angélique et sournoise...
 - Ce sera pour ma vieillesse.
 - Allez-vous-en, dit la sage-femme, des épingles entre les lèvres.
 Et quand il fut sorti, elle se pencha vers la mère plus abolie sous les draps que sous la neige une ellébore, — et familièrement, de femme à femme:
 - Soyez tranquille, pauvre chérie, il l'aimera bien.


SŒUR ET SŒURETTE


 « Sœurette, dit un jour Sœur, avec des yeux très doux de vierge consolable, écoute-moi, Sœurette. Avons-nous, oui ou non, l'âge des révélations définitives? Sommes-nous, toi la blonde et perpétuelle adolescence, moi la brune et précoce maturité, sommes-nous, Sœurette, une couple de futiles cyclamens incueillables et nuls?
 « Réponds, Sœurette, en me donnant tes lèvres ! »
 « Sœurette, dit encore Sœur, avec des yeux très noirs de vierge exaspérée, sommes-nous, toi la fille aux seins blancs comme un mois de Marie, moi plus vermeille qu'un Saint-Ciboire, sommes-nous, Sœurette, des chairs que promène en landau une attendrissante maman ; ou des chairs dont on montre le tiers au bal immaculé de la princesse Unique; ou des chairs enfin que les hommes en frissonnent, parce qu'on livre avec deux ou trois fois leur poids d'argent?
 « Réponds, Sœurette, en me donnant tes lèvres !
 « Sœurette, dit encore Sœur, avec les yeux terribles d'une vierge qui se fait comprendre, sommes-nous, toi le flacon des odeurs mourantes, moi la fiole aux stridents parfums, sommes-nous,

Outils personnels