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I'ay beau dedans ce gouffre entasser jour et nuit,
Pour assouvir ma faim je travaille sans fruit.
Un grand jarret de veau nageant sur un potage,
Un gigot de mouton, un cochon de bas âge,
Une langue de bœuf, deux ou trois saucissons,
Dans ce creux estomac, souflez, sont des chansons.
Un flacon d'un grand vin plein d'un rubis liquide,
Si tost qu'il est passé laisse ma langue aride;
Ie la tire au dehors, le polmon tout pressé
Comme les chiens courans après qu'ils ont chassé.
Cela gronde, se gonfle, aboie. Et quels poignants regrets quand il faut se séparer de la bonne chère:
Adieu, bœuf de poitrine et cimier agréable,
Adieu beau mouton gras au goust si délectable,
Adieu cochons rostis, adieu chapons hardez,
Adieu petits dindons tant hardez que lardez;
Adieu leurcaux, perdrix et pigeonneaux en paste,
Dont un diable incarné ne veut plus que je taste ;
Adieu tarte à la crème, adieu pouflain sucré:
Puissiez-vous étrangler ceux qui m'en ont sevré.
Le Capitan n'est pas moins admirable que Fripesauces ; il veut bien se battre « à coups de bombes » mais la moindre trique lui fait peur. Toujours ne s'en va-t-il qu'après les plus truculentes rodomontades. Quand on lui refuse la main de Luciude, il prétend mettre le feu à la maison et s'écrie:
I'irai sous ces débris pour les soufler au vent,
Les cendres d'Alcidor iront en Tartarie,
Là celles de Manille iront en Barbarie;
Les cendres de Luciude aux rives du Mogor
Et celles de Lysandre au royaume d'Onor.
Celles de Fripesauce ?
En la Magellanique.
Et celles de Phénice?
A la côte d'Afrique.
Du chien?
Vers le détroit nommé Behelmandel.
Et les cendres du chat ?
S'en iront au,bordel.
C'est pour faire à Paris un merveilleux esclandre;
Mille fils de putains naistroient de cette cendre.