Page 42 · Tome I. Janvier-Décembre 1890

PROSES MOROSES
a. — LA CLOISON
Un mois à la campagne dans un château tout neuf (des vieilles verdures, très bien rapiécées, y font tapisserie).
Par la fenêtre, la petite Madame Doucin vagabonde : là-bas les bœufs dormants attroupés sous la lune. Pas un ne beugle à la lune, mais quelque-uns ruminent.
« Vraiment très satisfaite d'une telle villégiature : son Primary en est, son cher amour de Primary que depuis trois mois elle adore, oh ! un vrai Amour, — sans compter qu'on écrit à ses amies de l'ex-Rue-aux-Ours sous cet en-tête : Château de la Corbeille, par la Clôture-sur-Prime (petite rivière aux sables dorés, qui sait, peut-être aurifères ?)…
« … Primary, quel amant ! Ce qu'elle aime au-dessus de tout, c'est des mots passionnés, spirituels et indécents, susurrés dans l'oreille : cela caresse en même temps l'âme, le cœur et l'autre. Eh bien, pour déverser une pareille jouissance en son petit corps nerveux comme un jet d'épine et ployable
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