Page 281 · Tome II. Janvier-Juin 1891

Fac-similé de Mercure de France tome 002 1891 page 281.jpg

HEURES GRISES




Horloge où le balancier pleure
Sa lourde lacryme d'or,
O colombier de l'heure
Aux œufs de leurre
Et d'ancien cor,
Cesse tes tourterelles
Vers mes tourelles!


L'aspic de trahison
Garrotta ma raison
Dans le désert de jusquiame
Où la cendre complice ensabule mon âme.


Alors que les missels
Grisaient de jolis scels
Ma foi riant à la paresse,
Le chacal a bu ma citerne de caresse.


Hors des ris et du fruit,
Les ongles de la nuit
M'entent l'inane lassitude
En l'insipide et malévole solitude.


Oh tant! que les désirs
Sués dans les loisirs
De cette opaque somnolence
N'accédent même pas à rayer le silence.


O mer des sabliers,
Bannis ces peupliers
De brume ensorcelant le calme
Et verse-moi l'adolescence de la palme !


MercureWiki, révision 12571, 2011-05-26. Wikitexte original.