Page 245 · Tome II. Janvier-Juin 1891

L'été, maintenant, grandit l'ombre de mes pas ; La mi-été, maintenant, boit la rosée. Ah, n'est-il pas Levé, l'astre qui fait s'ouvrir la fleur tardive Du safran! Æmilius, Æmilius, voici bruire L'heure au roseau que mon souffle avive, L'heure de lamenter. C'est pourquoi : Ore je vous vais dire :
La folâtre Amarylle, et le joyeux Tityre. C'est pourquoi : Qu'un marmouset pleure, Rions, car c'est l'heure. C'est pourquoi : Les feuilles pourront tomber, La rivière pourra geler! Je veux rire, je veux rire, Et l'âme, dans son secret, qui regrette et tremble, a beau dire : Je suis si triste, Comment rire helas ! et : Dormir est si doux, Que ne mourrons-nous ! l'expérience, qui est cet allégement de la fin promise, en répondant : Ah, la Mort, ah, n'est-ce Une menteresse ! garde à bon titre le dernier mot, dans cet éternel dialogue, fût-ce avec cette raison de déraison, qui mystérieusement poétise, d'un vague désespoir qui craint seulement que la conclusion garde un lendemain.
Ch. Mce.
Le Don d'Enfance, par Fernand Séverin (Lacomblez, Bruxelles). — L'un des plus charmants poèmes parmi ceux qui composent ce livret de vers débute ainsi :
Etre un enfant : regarder avec étonnement encore la vieille merveille du monde, trouver dans les choses qui semblent mortes aux sages de vivantes et fraternelles analogies, dévoiler en leur ingénuité première la haine et la tendresse, saisir par intuition ce que cache chez les hommes la nécessaire habitude du mensonge, et cependant être un homme auxieux et troublé, qui connaît bien la vanité de ce décor et de ces acteurs et de sa propre pensée, unir en soi cette monstrueuse
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