Page 98 · Tome III. Juillet-Décembre 1891

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 Alors, mue par une incroyable hardiesse, en une stupéfiante sécurité, elle dit; tremblante de colère attendrie :
 « — Pourquoi ne m'aimes-tu pas? »
 Aubert tremblait aussi, mais tel que sous la domination d'un animal fascinateur. Ce frêle serpent aux yeux d'anémone l'attirait sûrement dans l'orbe de ses replis : d'insensibles mouvements l'avaient rapproché de Sarah, au point qu'il sentait la caresse de ses cheveux traîtres et la tiédeur des souffles évaporés de son corsage... Leurs bouches se joignirent : Sarah mordait, — car elle était de ces femmes qui ne sentent la chair que sous la dent, — la nacre de ses dents mordait...
 Et parmi les prochains désirs, voici le sexe à la porte...
 Maîtresse d'elle-même, Sarah se roidit comme un rêve, illusoire et hautaine :
 « — Aubert; je me donne à toi, et n'oublie pas que tu m'appartiens. Je pars, c'est fini pour cette année. Je pars, mais, écoute-moi, je reviendrai. »
 Les sables, au loin déserts, perpétuaient leurs tièdes solitudes.



 Dormir, presque dormir à l'ombre claire des dunes : nulle robe ne claquait au vent. Au milieu des varechs noirs, un rêve gisait, un rêve blanc comme la mort d'une mouette.



 Les mouettes jouent et ne jouent plus. Les paquebots voltent, les fumées virevoltent, les briques tremblotent. Les ponts se dressent comme des potences : les mouettes jouent et ne jouent plus, les mouettes d'Amsterdam, — sur le Dam.
 Là-bas, dans les sables déserts, nulle robe ne claque au vent. Les cygnons prennent d'assaut la galère, leur mère. Les pignons tremblotent, les feuilles virevoltent

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