Page 355 · Tome III. Juillet-Décembre 1891

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Nous chérissons la Vierge en friche

aux regards ailés

de mélopée,

au désir riche

comme un jeune champ de premiers blés,

au verbe semblable à l'épée

d'une juste épopée.


Oui, l'on aime l'espoir

émané de la vierge enfantine :

larve de femme, vif cadavre à la peau d'aubépine ;

et cet espoir

nous montre heureux dans son miroir.


Cette vigile de la Femme

est la vie de notre àme,

nous chantons les joies de Son silence

et Sa naïve somnolence

met sur nos lèvres la rieuse opulence.


Car ce n'est pas encore vérité

la femme qui sommeille,

mais le miel sans le dard irrité

de l'abeille.


L'aube hélas passe,

vient le vêpre hargneux ou le joujou

nous casse ;

aussi la richesse de nos lèvres passe

et son bijou

s'exile sur le fleuve hagard

de notre regard.


Vagissant, telle un corbeau,

de son joli mystère en marbre de colombe,

l'exquise créature

apporta la torture,

la Femme étant sur l'horizon

l'inéluctable et seule trahison ;

vers la tombe

on entreprend dès lors la grise marche du lambeau.


 Au détour d'un olivier ma Compagne s'enfuit, me jetant dans l'oreille l'aigre brasier d'un rire inextinguible.
  (Domaine de Pierrefeu, avril)

Saint-Pol-Roux.

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