Page 254 · Tome III. Juillet-Décembre 1891

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Il faut chanter ses prunelles
Obscures où les saphirs
Ont des noirceurs solennelles :
Clary-Bell ! sœur des Zéphyrs.

Il faut chanter sa ceinture
Où les Amours sont nichés,
Cette ceinture, armature
Des rêves et des péchés.

Il faut célébrer ses tresses !
Sont-elles de jais ou d'or ?
Ses tresses d'où les détresses
Meuvent. O trépieds d'Endor !

Il faut chanter sa tunique
Byssus, pourpre et lin vainqueur,
Cette tunique runique
Qui s'imprime sur mon cœur.

Io Pæan ! chantons sa bouche !
O sourire ! ô lis éclos !
O babouche qui m'abouche
Avecque l'azur des flots !

Chantons son nez, cet albâtre,
Ce boisseau de pur froment,
Pour qui l'on eût vu combattre
Tous ceux du camp d'Agramant.

Et ses doigts, palmes ducales,
Dogaresses, que, jadis,
Parmi les hémérocalles,
Vos ongles auraient maudits.

O Clary-Bell ! ô sirène !
Nixe ! Willis ! feu follet !
Ananas ! fraisier ! migraine !
Breuvage d'ambre et de lait !

Le Cantique des cantiques
Semble composé pour toi.
Salomon, sous les portiques,
Écoutait le kakatoi;

Écoute-moi, jouvencelle,
Touffe de lilas en fleurs !
Printemps incarné ! Vaiselle
D'or ! Lampe aux feux enjôleurs!

Désarme tes grands yeux qu'arme
Une tigresse fierté !
Sinon je me rendrai carme
Dans un couvent, cet été.

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