Page 174 · Tome V. Mai-Août 1892

fenêtres s'ouvrent sur des couchants de pourpres et de métaux, dont les fenêtres s'ouvrent aussi sur de mols clairs de lune ... » « jJe suis chez moi partout où s'éveille une sensation d'inconnu, partout où me réclame un peu de mystère. » Il faut lire les Trois Rois pour se bien convaincre que trop de sciences n'est nullement un obstacle à l'ingénuité, à la grâce des Primitifs, et enfin il faut s'extasier devant l'audace du Bonheur dans le désir, afin de posséder la vision entière de ce cerveau princier qui ne recule pas à tenter la folie, si cette outrance psychologique lui donne et peut communiquer à d'autres la sensation d'au-delà qu'il veut obtenir à tout prix. Camille Lemonnier, sans doute, est dur au pauvre monde des lecteurs prudes et gobeurs qui prennent le roman feuilleton pour un livre ; en revanche, il saura toujours nourrir les jeunes écrivains affamés de la moelle des lions! Mais sa plus pure gloire est encore, à mes humbles yeux, d'avoir brisé victorieusement les chaînes de fer du redoutable naturaliste, et d'avoir affranchi à jamais sa plume aventureuse du grossier terre à terre.
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Les Chansons naïves, par Paul Gérardy (des presses de Floréal).
P.Q.
A la façon de Henri Heine
Je dis des chansons tristes et douces ;
et M. Paul Gérardy ne s'est pas mépris sur soi-même. La confidence qui lui échappe aux premières lignes de son livre est précieuse à retenir : rien ne vaut l'auto-critique sincère. Le caractère directement germanique de son talent lui aliénerait, je le crains, les sympathies des lyriques romans : mais les simples poètes ne pourront point ne pas l'aimer, fissent-ils même quelques réserves. Celle-ci par exemple : l'unité d'impression produite par ces courts poèmes ne va pas sans un peu de monotonie, et l'art total serait de sembler simple avec beaucoup de complexité ; ainsi, dans Heine même, nous préférerons toujours lIntermezzo aux Junge Leiden où l'ironie ne s'ajoute pas encore aux poignantes douleurs. Mais pour devenir tout à fait l'excellent poète qui s'annonce dans Les Chansons naïves, M. Paul Gérardy n'aura qu'à écouter le bon conseil qu'il donne en ces vers de délicate mélancolie :
Si vous connaissez les douleurs
Enfermer les douleurs encor,
Et dans votre cœur triste à mort
Goûtez tout seul la joie des pleurs.
Rêvez vos rêves doucement
Et laissez les choses aller,
Et laissez vos larmes couler
Pour être heureux infiniment.
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