Page 239 · Tome VI. Septembre-Décembre 1892

ELAINE
Un essaim de ramiers rôde autour de ses hanches, Blanc essor attiré par la blancheur des lys; Au loin, sur l'or rosé d'un ciel aux tons pâlis, Le manoir d'Astolat et ses tourelles blanches.
Elaine, aux yeux d'aurore, au rire humide et frais, A sa place marquée aux jardins des cyprès; Elaine avec les lys sera morte à l'automne.
Elaine est destinée aux éternels regrets, Et, présageant l'ennui d'une fin monotone, Pâle et froide à ses pieds, fleurit une anémone.
GENÈVRE
Elle songe a l'abîme où, degrés par degrés, Morne elle est descendue, au clos du monastère Où mûrira sa faute, et les fleurs du parterre Font pleuvoir sous ses doigts leurs boutons massacrés.
Elle songe à sa gloire au milieu des huées S'écroulant, aux pudeurs de son lit remuées, A sa honte en pâture offerte aux courtisans;
Elle songe à ses yeux, autrefois méprisants, Et sur sa robe étroite, où pas un pli ne bouge, Sinistre et douloureux saigne un large iris rouge.
Jean Lorrain.
(D'après les Idylles du Roi, de Tennyson).
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