Page 161 · Tome VI. Septembre-Décembre 1892

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A LA DÉRIVE



 Flotte mélancolique en somptueux arroi,
 Des barques balancées par une mer de pourpre
 S'en vont vers l'horizon de mystère et d'effroi
 Où de vagues rumeurs d'orage semblent sourdre.

 Le ciel d'or et de sang attire leur essor
 Par le philtre pervers d'un délice éphémère...
 Un souffle triste et doux berce sur le flot mort
 Leur voile déployée en aile de Chimère;

 Et, vains oiseaux d'espoir nonchalamment repris
 A l'illusoire attrait du rêve de jadis,
 Elles s'en vont, sans bruit, sur les vagues muettes,

 Et le vent s'est levé, qui sous le ciel brûlant
 Gonfle d'un lent soupir les voiles violettes,
 Et les pousse là-bas vers l'horizon sanglant.
  

PAYSAGE D'AME


 L'éclat pensif du soir sur la vaste forêt
 Etend nonchalamment un brouillard de lumière;
 Dans l'air vibrant sourit la grâce meurtrière
 Des tristesses qui font le vespéral attrait.

 Tes yeux mystérieux, où l'idéal Regret
 Brûle comme un soleil rêveur et funéraire,
 Te donnent la splendeur de ces cimes qu'éclaire
 Le paisible occident de son calme reflet.

 Ton sourire répond à des appels mystiques
 Par le souffle attiédi des bois mélancoliques
 Portés vers toi, leur sœur, comme de longs sanglots,

 Et vers la volupté du silence nocturne
 S'épanchent lentement, en invisibles flots,
 Les désirs alanguis de ton cœur taciturne.
 

C. Maryx.

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