Échos divers et Communications juillet 1892

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Mercvre, « Échos divers et Communications », Mercure de France, t. V, n° 31, juillet 1892, p. 285-287.



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ÉCHOS DIVERS ET COMMUNICATIONS
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Le Latin Mystique.

 Liste des souscriptions (suite ; v. nos deux précédentes livraisons) :
 Exemplaires sur papier pourpre-cardinalice (à 35 fr.) : Librairie Flammarion.

 Exemplaires sur papier fort, teinté (à 10 fr.) : MM. Louis Dumur, Remi Pamart, Gaston Lesaulx, Maurice Le Blond, Auguste Vermeylen, l'abbé Le Foulon, P.-M. Armaing.
(V. annonces, en tête du présent numéro.)
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 Conférence de M. Charles Morice. — Sous les auspices du Théâtre d'Art, le mercredi I5 juin, M. Charles Morice a fait, pour un auditoire de poètes et d'artistes, une causerie charmante, à propos du mot Poésie. Causerie, et non conférence, car bien que seul M. Charles Morice ait pris formellement la parole, il le fit avec un tel soin d'éviter toute pédagogie qu'une sorte de colloque mental s'établit entre lui et ses interlocuteurs muets, dans la salle, ceux-ci ne rompant le silence que pour approuver la plupart des idées qu'ils exposait avec infiniment d'ingéniosité et de délicatesse. Il a établi tout d'abord l'antinomie cruelle qui a fait la grandeur de la poésie ( « elle est l'expression humaine, individuelle, de l'absolu » ) et montré tout ce que le désaccord fatal entre l'expression déterminée et la pensée infinie conférait de tragique à cette lutte avec l'Ange. « Le mot propre que nous cherchons anxieusement, qui n'existe pas peut-être, serait Dieu ; et c'est par un jeu de prestige quasi surnaturel, par l'alliance d'autres mots, que nous donnons quelques fois l'illusion de celui-là. » En passant, puisqu'il faut encore le redire, le causeur a nettement écarté toute relation entre la poésie et la morale ou l'économie politique, la méprise venant de ce que pour l'une et les autres « l'instrument, l'instrument matériel, la plume, est le même. » Et n'est-il pas humiliant de penser qu'un Jules Simon a le droit de s'appeler « écrivain » tout comme Hugo ou Baudelaire ? Puis des considérations, très spécieuses du moins, d'après Edgar Poe, sur l'impossibilité de créer « un long poème » qui soit vraiment organique. Dès que le poème dépasse 300 vers (Poe disait 100), on n'en peut plus percevoir les rapports, les rappels, ce qui constitue l'unité vivante, et, de fait, il n'y a plus d'unité. Peut-être cependant pourrait-on donner l'impression d'un « présent éternel » et non d'une succession en de longs poèmes, en ramenant, à temps, des motifs principaux. Une rapide histoire de la poésie, étudiée en ses âges extrêmes, l'époque des épopées indo-européennes et le XIXe siècle, permet de montrer l'invasion de l'esprit critique dans le domaine même de la poésie ; de là les deux seuls mythes créés depuis l'antiquité : Faust et Don Juan. De là aussi, pour le poète conscient de sa responsabilité, une angoisse terrible et les cris de douleur que nous avons entendus depuis cent ans. Et cependant le poète conserve le don d'enfance, être hybride, monstre pitoyable et sublime en sa double nature, et par des symboles (distingués très sagacement de l'emblème et de l'allégorie), il communique à autrui son frisson intérieur devant le spectacle du monde, autant du moins qu'on peut communiquer quoi que ce soit à une autre pensée, les monades hélas! n'ayant point de fenêtres. Les hommes aussi reprochent, à tort, au poète d'être différent de son œuvre ; il n'est lui que quand il chante. Mais il ne faut pas moins que la mort pour le révéler.
 Tel qu'en lui-même enfin l'éternité le change
selon l'admirable vers de Stéphane de Mallarmé, à qui M. Charles Morice et ses auditeurs rendirent un juste et unanime hommage.
 Je crains que ces notes éparses ― la mémoire d'une causerie sinueuse n'est fidèle qu'à demi ― rendent mal le très réel plaisir que nous goutâmes ce soir-là, et qui fut à peine interrompu par quelques objections tacites (p. ex., à un moment donné, M. Charles Morice a paru admettre que l'idée du progrès, fort contestable en elle-même, pût s'appliquer à la poésie), et deux ou trois fois par le regret d'ouïr des métaphores qui n'étaient pas inédites. Qu'on considère cependant comme la faute est légère et combien il est regrettable de ne pouvoir pas répéter des images excellentes, parce que d'autres, grâce aux hasards de la naissance, purent les inventer avant nous, qui les aurions bien trouvées tout seuls.
 P.Q.
 Liberté de la Presse. Pour un article publié dans l’En-Dehors; les compagnons d'Axa et Matha ont été condamnés dernièrement a dix-huit mois de prison et 3000 fr. d'amende chacun. M. Jules Méry, poursuivi en même temps pour un autre article du même journal, en a été quitte pour trois mois de prison et 50 fr. d'amende. Il est vrai que son avocat l'avait tout simplement représenté, assis qu'il était entre ses deux co-accusés, « comme le Christ entre les deux larrons.» Cette attitude légendaire, encore qu'elle lui ait été attribuée probablement sans son aveu, lui a acquis d'une façon inespérée la bienveillance du jury.
 M. Ibsen écrit en ce moment un drame intitulé : La Règle.
 M. Edouard Dujardin a fait représenter, le 17 juin, dans la salle du Théâtre Moderne, le Chevalier du Passé, tragédie moderne en 3 actes et en vers libres (2e partie de la légende d’Antonia). Nous rendrons compte de cette représentation dans notre prochaine livraison.




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