Page 139 · Tome III. Juillet-Décembre 1891

CHLOÉ
Mais lequel des deux instruirait l'autre?
DAPHNIS
Souviens-toi d'Eve : ils achèteraient un Serpent.
CHLOÉ
Un mari vierge est ridicule, le nies-tu?
DAPHNIS
Ridicule, la propreté du cœur! Où prenez-vous ce goût des hommes impurs?
CHLOÉ
Ils sont éprouvés.
DAPHNIS
Ils n'ont que servi. Vous voulez être, notre unique amour, et peu vous importe que nous ayons connu d'autres femmes avant vous.
CHLOÉ
Tu oses me comparer...
DAPHNIS
Il lui déplaisait, à elle aussi, d'être comparée.
CHLOÉ
Qui ça, Elle? je veux savoir tout de suite.
DAPHNIS
Celle qui m'a le plus adouci mes devoirs de noceur.
III
CHLOÉ
Je suis la plus heureuse des femmes. Et toi?
DAPHNIS
N'insultons pas au malheur des autres.
CHLOÉ
Tu te plains sans cesse.
DAPHNIS
Je me plains comme j'entends. C'est chez moi un sens et je m'applique à découvrir sous sa couche de sable la grasse terre rouge du terre à terre.
CHLOE
Va! pérore en mauvais style à quatre épingles! La vérité, c'est que ma robe ne me coûte que dix-neuf francs, et je l'ai réussie moi-même, seule ! Es-tu content?
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