Page 133 · Tome V. Mai-Août 1892

REPOSE, DOULEUR
Poète, prends la sombre scabieuse, La brune échevelée au doux parfum qui mord, Fleur de deuil, fleur de veuve, fleur ombreuse, Sur ton sein profond comme la Mer ou la Mort...Dis-moi de quelles nostalgies-névroses, Langueurs, satiétés, funéraires débris, Parfums perdus, effondrement de choses, Est faite sa corolle aux replis assombris ?De quel tissu, de quelle étrange trame Est sa robe de serge, de pourpre et de feu ? De noirs lambeaux arrachés à quelle âme.... Ou d'un loup de velours... taché de sang un peu ?Quelle est l'haleine énervante, navrée, Lourde de lassitude et de subtils relents Comme un vin vieux, qu'exhale, vulnérée, Sa patiente ardeur sous tes souffles brûlants ?...Comme un grenat son cœur sombre en lui porte (Rouge tison couvant un feu cruel) Une larme où survit une tristesse morte, Virtuelle lueur d'un éclair éternel....Toi qui sais, qui vois, qui chantes... Poète ! Révèle les vouloirs secrets de cette fleur Voluptueuse, ténébreuse, si parfaite Dans les empourprements de sa noirceur.
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