Les Livres. Journaux et Revues. Choses d’Art. Échos divers. Petite Tribune des Collectionneurs

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Mercvre, « Les Livres. Journaux et Revues. Choses d’Art. Échos divers. Petite Tribune des Collectionneurs », Mercure de France, t. III, n° 22, octobre 1891, p. 240-256



LES LIVRES (1)


 Enquête sur l’Évolution littéraire, par Jules Huret (Charpentier). — Voir page 236.
 Promenades sentimentales, par Jean Thorel (Perrin et Cie). — La plupart des écrivains actuels ont perdu l'habitude de dire : je ; Musset les a dégoûtés jusqu'à l’écœurement de l'éloquence et de l'impudique mise en scène de soi-même. Ils ont cru, par un simple changement dans la forme de leur phrase, changer l'ordre des choses, à tort peut-être. En somme, sous des noms d'emprunt, sous des vêtements d'apparat, c'est toujours nous-mêmes que nous racontons, et les drames auxquels nous nous déclarons étrangers, les souffrances et les joies soi-disant illusoires que nous attribuons à des êtres de fiction, tout, jusqu'aux paysages d'Athènes ou de Ville-d'Avray où nous leur assignons des demeures, tout cela c'est nous, nous seuls, notre vie de rêve ou d'action, la même vie. Et, inversement, le je n'impliquera pas par lui seul que nous disions notre pensée habituelle, celle qui fait l'apparente unité de notre individu: les Confessions de Rousseau sont presque aussi fantastiques que les Mille et une Nuits, et le désir de leurrer son monde y apparaît à première lecture.
 Il n'est pas inutile de se rappeler ainsi combien l'élection d'un pronom personnel ou d'un autre est peu importante au fond pour goûter en toute sécurité les Promenades sentimentales de M. Jean Thorel. On risquerait de gâter son plaisir pour des préjugés de technique, si le « vous disais-je » qui termine la ligne initiale faisait craindre tout de suite, à défaut d'autre informé, le bavardage sans art des élégiaques. Et vous y connaitrez au contraire l'âme la plus riche d'aventures, de volontés et de créations contradictoires, au point de pouvoir fournir des thèmes aux poètes, hélas trop nombreux ! qui manquent d'imagination. Le livre est divisé en deux parties : Sous un ciel triste et Vers le Passé: c'est d'abord, à propos de rencontres faites au hasard de marches en Picardie, une longue théorie de femmes, évoquant des amours différentes, depuis la pure contemplation intellectuelle jusqu'au simple instinct de la chair ; puis, tandis que se déroulent, indiqués en quelques lignes, les paysages du Rhin, « le Fleuve légende, le Fleuve mystère », les ancêtres renaissent, ou plutôt s'affirme la vie de tous les faux morts qui sommeillent en chacun de nous et dont la résurrection, après des siècle, pour un millième de seconde, nous trouble et nous effraie comme si en nous-mêmes nous prenions conscience d'un grouillement de fantômes: évêques féroces et doux, burgraves chargés de lourdes armures, moines pieux ou révoltés, riches marchands endormis et repus, reîtres brutaux et serfs meurtris qui ne comprennent plus même la parole de la terre. Ces figures d'aujourd'hui et d'autrefois ne se manifestent pas par les particularités de leur costume ou l'archaïsme de leurs paroles, mais par le frisson même de leur pensée; il y a de décor juste ce qu'il faut pour quelque précision : « Si j'ai l'esprit latin, j'ai l'âme d'un germain », dit fort exactement de lui-même M. Jean Thorel, et le besoin de composition, nié par le désordre volontaire de l'ensemble, est satisfait par le rhythme de la phrase, si apparent qu'on pourrait presque transcrire ce livre en vers libres. A quoi bon ? Un artifice typographique nuirait plutôt à la gravité de l’œuvre. L'âme — je m'excuse d'employer ce mot galvaudé par les plus abjects spiritualistes et les plus imbéciles psychologues — l’âme qui s'y dévoile est belle s'il en fut, toute d'amour et de communion avec ce qui est ou a été vivant: « La vie, une vraie merveille ! » Merveille non de joie sans doute ou de pure douleur - mais si étrange et incompréhensible que le mot en est refusé même à l'auguste pitié, le seul sentiment qui donne à certaines heures l'illusion divine de n'être plus soi, vaine comme le reste: « Dans les carrefours déserts, des chiens abandonnés hurlaient et se désespéraient. Je me suis hâté vers eux. je me sentais une sympathie infinie pour leur souffrance et j'espérais qu'ils seraient touchés de la mienne aussi... Je m'avançais doucement vers eux avec des paroles de tendresse, des gestes affectueux et des attitudes de pitié... Hélas! ils n'ont pas pu comprendre ma venue compâtissante, et eux aussi, eux aussi, ils ont fui devant moi»

P. Q.


 Les Amours jaunes, par Tristan Corbière. Nouvelle édition (Vanier). — La notice, signée L. V., nous apprend que, fils et non neveu de l'auteur du Négrier, le poète, né à Morlaix en 1845, y revint mourir d'une fluxion de poitrine en 1875. Le reste demeure imprécis : autant de pages écrites sur Corbière, autant de contradictions: attendons l'étude annoncée de M. Paul Kalig. Parmi les pièces inédites ou de variantes données par M. Vanier, on est surpris de ne pas trouver celles que M. Ajalbert publia pour la première fois dans le Supplément du Figaro du 28 mai 1890; c'est pourtant du très bon Corbière; il y en a deux, les voici :


paris nocturne
C'est la mer; — calme plat.— Et la grande marée
Avec un grondement lointain s'est retirée...
Le flot va revenir se roulant dans son bruit.
Entendez-vous gratter les crabes de la nuit?


C'est le Styx asséché : le chiffonnier Diogène,
La lanterne à la main, s'en vient avec sans gène.
Le long du ruisseau noir, les poètes pervers
Pêchent: leur crâne creux leur sert de boîte à vers.


C'est le champ: pour glaner les impures charpies
S'abat le vol tournant des hideuses harpies;
Le lapin de gouttière, à l'affût des rongeurs,
Fuit les fils de Bondy, nocturnes vendangeurs.


C'est la mort : la police git. — En haut l'amour
Fait sa sieste, en tétant la viande d'un bras lourd
Où le baiser éteint laisse sa plaque rouge.
L'heure est seule. — Ecoutez: pas un rêve ne bouge.


C'est la vie: écoutez, la source vive chante
L’éternelle chanson sur la tête gluante
D'un dieu marin tirant ses membres nus et verts
Sur le lit de la Morgue... et les yeux grands ouverts.


paris diurne
Vois aux cieux le grand rond de cuivre rouge luire,
Immense casserole où le bon Dieu fait cuire
La manne, l'arlequin, l'éternel plat du jour :
C'est trempé de sueur et c'est trempé d'amour.


Les laridons en cercle attendent près du four,
On entend vaguement la chair rance bruire,
Et les soiffards aussi sont là, tendant leur buire,
Le marmiteux grelotte en attendant son tour.


Crois-ta que le soleil frit donc pour tout le monde
Ces gras graillons grouillants qu'un torrent d'or inonde?
Non, le bouillon de chien tombe sur nous du ciel.


Eux sont sous le rayon et nous sous la gouttière.
A nous le pot au noir qui froidit sans lumière.
Notre substance à nous, c'est notre poche à fiel.


 N'est-ce pas comme d'un autre Saint-Amant, aussi personnel, plus trouveur encore d'images neuves? — Pour une dissection du talent de Corbière, que l'on se reporte aux notes de Laforgue (Entretiens Politiques et Littéraires du dernier juillet). — En une étude, j'aurais aimé à dire un mot de l'auteur du Négrier, dont le violent amour de la mer influa sur le poète très fortement. Ce Négrier, par Édouard Corbière, capitaine au long-cours, 1832, 2 vol. in-8°, est un assez intéressant roman d'aventures maritimes. Le chapitre IV de la première partie, intitulé Prisons d'Angleterre, renferme les plus curieux détails sur les mœurs des prisonniers, sur les amours des corvettes avec les forts-à-bras, — en un lieu, dit l'auteur, où, pourtant, « il n'y avait qu'un sexe ». La préface de ce roman décèle un esprit très hautain et très dédaigneux du public : le même esprit avec du talent et une nervosité plus aiguë, — vous avez Tristan Corbière.

R. G.


 La Joie de Maguelonne par A.-Ferdinand Hérold (Librairie de l'Art indépendant). — Le nouveau poème de A.-F. Hérold indique beaucoup plus nettement que tout un volume d'interviews l'évolution littéraire accomplie ces dernières années. Voici un poète qui de très bonne heure ne fut plus un apprenti et connut toutes les subtilités de son art; il s'est cependant modifié peu à peu et en est venu à une conception esthétique fort opposée à celle de ses œuvres anciennes. Il semblait d'abord qu'il eût subi — comme la plupart d'entre nous, et c'est une des plus nobles filiations que je sache — l'influence dominatrice et presque exclusive de Leconte de Lisle. L'exil de Xavini, les Pœans et les Thrênes, étaient une interprétation traditionnelle des mythes hindous et grecs en alexandrins sonores. Çà et là des poèmes comme la Chimère décelaient déjà un effort pour renouveler les légendes en les déformant, et pour les soustraire aux catégories du temps et de l'espace. Maintenant la transformation est complète et la princesse Maguelonne vit dans un monde aussi illusoire et aussi réel que les personnages de Racine ou de Shakespeare : car la négation de toute époque et de toute contrée oblige à créer un décor spécial, précis et harmonieux, qui corresponde à l'action racontée ou dialoguée ; les êtres que la volonté du poète fait ainsi surgir du néant sont contemporains de tous les siècles; ils participent à l'absolu et ont néanmoins une existence propre : c'est ce que comprirent dès le début Ephraïm Mikhaël et Henri de Régnier. Les noms de ces deux poètes, si distincts l'un de l'autre malgré certains principes communs, montrent assez qu'il ne s'agit point ici de cette chose sans nom que, faute de mieux, on appelle une école — par ironie sans doute et pour bien marquer la cuistrerie réciproque des maîtres et des disciples. On rencontrera chez A.-F Hérold des sympathies et des affinités avec tel ou tel des écrivains récents et de nos aînés, jamais cette ressemblance trop exacte qui est la manie de quelques-uns. Je n'en veux pour exemples que sa rhythmique et sa langue. Il a employé dans La Joie de Maguelonne les mètres les plus variés, les formes les plus diverses depuis le simple quatrain à rimes croisées ou enclavées jusqu'aux longs couplets de vers libres où s’entremêlent les rimes et les assonances, sans compter les sonnets, les tierces-rimes et même un pantoum et deux proses latines; ces combinaisons nouvelles de syllabes, employées toujours avec certitude, produisent les effets les plus imprévus : oyez plutôt ce tercet où la troisième rime est sournoisement remplacée par une assonance:

Et mes doigts aigus de nacre et d'ivoire
Sont des fuseaux prêts à tisser la toile
Qui prend les Héros fiers de leur victoire.


 Cette succession de morceaux de mouvement différent se rapproche beaucoup plus de la musique que les tentatives de nos chers évolutistes-instrumentistes. La langue que parlent les personnages du Mystère se distingue par une rare et louable particularité: elle est simple — trop peut-être à mon gré — et j'y souhaiterais parfois des images moins monochromes et la suppression de quelques épithètes parasites. Mais ne fallait-il point aussi la pure langue lyrique, un peu fluente et d'ample noblesse, pour évoquer la mélancolique aventure du Héros qui nia le rêve et qui s'enfuit, hélas! loin de la forêt, vers les vaines victoires et les baisers menteurs?

P. Q.


 Le Livre de Thulé, par Louis Duchosal (F. Payot. Lausanne. En vente à Paris chez F. Grassart, 2, rue de la Paix). — Quoi que feigne d'en penser M. Anatole France (2), il vaudrait mieux que les gens dont ce n'est point le métier de faire des vers renonçassent à juger les poètes et à les commenter ; cela n'est pas dit pour M. France, qui fut et est demeuré un poète et ne se trompe jamais qu'à bon escient. Mais la plupart des critiques qui portent la médaille officielle, à la manière des cireurs de bottes et des marchands de quatre saisons, s'entendent à la poésie à peu près comme un rossignol à crier la moutarde, et dégoûteraient en vérité des bonnes merceries qu'il leur arrive par hasard de prôner. Ainsi M. Édouard Rod écrivit en tête du Livre de Thulé, par Louis Duchosal, une préface parfaitement inexacte, inutile et dangereuse : il est de plus en plus évident que ce professeur de littérature n'a aucun sens d'art; et je crois presque que, par une double palingénésie, il unit l'âme d'Amiel, insupportable bavard, à l'âme de Schérer, qui fut en son temps, selon une parole autorisée, semblable à une grande dinde déplumée et impubère.
 Dans la prose qui lui est propre, le successeur de Marc Monnier annonce que M. Duchosal « entre dans la voie où les Anglais conduisirent la poésie française », et laisse croire qu'il cherche "à se dégager de la tyrannie des rhythmes réguliers et de celle de la rime » ; un peu plus loin, le préfacier déclare que : « on comprendra presque toujours », et regrette qu'après les Fêtes galantes et les dessins de Willette M. Duchosal se soit permis d'introduire dans son œuvre Pierrot et Colombine. Ces considérations esthétiques, au reste assez contradictoires, me remplirent de terreur, et si je n'avais connu M.Duchosal par d'excellents articles de critique — un en particulier sur Léon Dierx — j'aurais cru trouver encore un nouveau confesseur selon l'évangile hétérodoxe de Paul Verlaine, l'un de ceux que l'imagination prétendue d'un maitre inimitable dispense de talent, d'orthographe et de syntaxe. Cela m'étonnait, et en ouvrant le livre au hasard je suis tombé sur le sonnet que voici : je l'ai depuis en le replaçant dans l'ordre régulier, et il me semble toujours plus beau et plus mystérieux.

C'est ici la forêt merveilleuse où s'élève
Le château de silence aux tourelles d'azur;
J'y suis entré, cherchant pour ma lèvre un vin pur
Et pour mon âme un peu d'harmonie, une trêve.


Solitude où l'extase a le goût du blé mûr,
Arbres puissants, troncs noirs, rameaux gonflés de sève;
Nids où l'on peut fermer le vol las de son rêve;
Oiseaux bleus qui chantez à la crête du mur.


O mon cœur désolé, c'est ici la patrie;
Tu vas t'asseoir enfin à la table des Dieux,
Et la coupe d'or luit sur la nappe fleurie.


« Sézame, ouvre-toi donc », dis-je au ciel radieux;
Et le ciel laisse voir comme un trésor de fable
Les doigts purs d'Ophélie et le lys ineffable.


 A part le nom d'Ophélie, qui appartient incontestablement à Shakespeare, je n'ai rien vu là qui rappelât la poésie anglaise ni surtout ceux des poètes anglais qui, comme Shelley, Swinburne, ou G.-D. Rosetti, ont eu une sérieuse influence sur beaucoup de nos contemporains. M. Duchosal serait plutôt parent de Henri Heine, moins l'ironie, et de ces deux songeurs discrets et tristes, Grégoire Le Roy et Fernand Séverin: je parle seulement en cela de la qualité de sa pensée et point du tout de l'expression ni des habitudes techniques. La langue et la rhythmique de M. Duchosal sont, comme on en a pu juger tout à l'heure, absolument traditionnelles. Il fallait bien cependant que M. Edouard Rod eût quelque prétexte à dire une sottise, son manque d'imagination lui interdisant d'en inventer une de toutes pièces. La seule liberté que M. Duchosal se permette à l'égard de la rime est de faire rimer quelquefois des infinitifs de la première conjugaison avec des participes passés: p.ex. brisé et poser (page 86), ou des singuliers avec des pluriels : vous aurez, colorés, adorer (page 60), c'est-à-dire de rimer pour l'oreille seulement, et encore le fait-il assez rarement. Il est vrai qu'une pièce, l’Aubade, dénote une audace beaucoup plus grande : les rimes sont perverses : autel et dentelles, nids et infinies, et les assonances aussi : oiseaux et roses. Je crois pour ma part que c'est là une grave erreur et qu'il n'y a plus alors ni rime ni simple assonance : on sait que dans les poèmes assonancés toute une laisse était masculine ou féminine, et que l'observation de cette règle est rigoureuse. Mais les plus traditionnels des poètes, Théodore de Banville et Catulle Mendès, bien avant Ernest Raynaud, se sont parfois égayés à mettre ainsi à la fin des vers des syllabes de sexes différents, et personne n'a jamais supposé qu'ils voulussent secouer « la tyrannie de la rime »
 Toutes ces discussion philologiques et ces controverses avec M. Rod risqueraient de faire perdre de vue Le Livre de Thulé en lui-même, et ce serait dommage. Mais il y a dans le recueil nombre de pièces aussi purement belles que le sonnet cité, et j'espère que ceux qui savent lire les notes bibliographiques n'auront retenu que lui: ce sera pour qu'ils aiment et admirent, comme je le fais, un exquis et lointain poète, et regrettent seulement de ne point connaître tout de suite tout le livre.

P. Q.


 Les Tourmentes par Fernand Clerget(Bibliothèque Artistique et Littéraire). — Je pense beaucoup de bien de M. Fernand Clerget; son premier livre de vers n'est point quelconque; il a des rythmes de chansons et des délicatesses qui semblent des trouvailles. Certaines pièces, vers la fin du recueil, s'élèvent jusqu'au symbole, et nous n'en souffrons pas, car ici le symbole est à sa place; on y est parvenu graduellement, naturellement, sans effort, sans avoir enjambé des galettes d'adjectifs, circulé par la nuit des archaïsmes et les complications niaises qu'affectionnent tant de petits bonshommes. M. Fernand Clerget a souvent le mot juste; il sait le frisson et la caresse des paroles; il est un de nous par sa tristesse résignée, sa douloureuse vision des choses. — Je trouve bizarre, dès lors, qu'il ait émaillé plusieurs de ses poèmes de vers aussi indigents, d'une inharmonie choquante:

Je me suis sur un roc assis...
Et dont la voix rauque en son cou...
Se crut en des azurs très loin des ruts hideux...

de quatrains pareils, qu'on arracherait sur un mirliton:

Quelle damnée
Vient me huer?
Elle est née
Pour me tuer.


 Et derrière cela, de jolies phrases berceuses, des musiques moribondes, des cris de misère et de détresse qui vous poignent :

Elle est venue un jour de tristesse et d'ennui,
Un jour qu'elle était seule et qu'il fallait qu'on l'aime...
Et l'Angélus, ce soir, est las de nos périls...
Mon Dieu !... mon cœur est triste et nul ne me répond,
Et nul ne me répond!


 Que M. Clerget se défie pourtant des influences; il a bien voisiné chez Baudelaire.

C. Mki.


 Ukko'Till, par Rodolphe Darzens (Dentu). — Un roman de mœurs de cirque, où l'amour est mené à la houssine. Style blanc de perles poudrerizé ça et là de câlineries à la Mendès, joli comme une écuyère vêtue de gaze et parfois désarticulé connue un clown, semé de détails rouges, coups de pistolet, coups de poing, coups... de reins (encore plus de ceux-là que d'autres). Pour épigraphe, cette petite phrase en disant long : « l'imaginaire réalité ». Et, en effet, c'est, dans ce livre, un reflet de nature ou de soleil un peu factice, passant à travers une des verrières du Chat noir, et vous livrant sur la vie des aperçus fantastiques, de beaucoup trop multicolores études. Rodolphe Darzens écrirait-il pour les femmes? A voir tant de paillettes répandues, on le croirait! C'est un courage.— La morale du livre est représentée par un frontispice de Jules Chéret.

***


 Général de Ricard. Autour des Bonaparte, fragments de mémoires publiés par L.-Xavier de Ricard (Savine). ― Cet intéressant volume se compose de deux parties très distinctes: les mémoires du général de Ricard, ancien aide-de-camp du roi Jérôme, et les souvenirs de son fils donnés en forme d'introduction. Les mémoires, divisés eux-mêmes en plusieurs périodes, vont de 1793 à 1836; ils sont suivis de divers appendices et documents, et demeureront, en leur tout, une précieuse source d'information historique. L'introduction n'a pas une valeur moindre: j'y ai remarqué le chapitre où est narrée la fondation du « Parnasse contemporain » dont tout l'honneur revient à M. X de Ricard, aidé du bon vouloir de son père. Ce chapitre donne envie de lire sur ce sujet des pages plus nombreuses. ― Et qui pourrait les rédiger, surtout après les curieuses conférences de M. Catulle Mendès, sinon M. de Ricard.

R. G.


 Stupeur, par Gustave-Charles Toussaint (Vanier). ― Encore une plaquette, et, symptôme grave, une plaquette provinciale. Malgré la Stupeur du titre et la jeunesse d'une dédicace « A la mémoire sacrée du poète E.-A. Poe », l'auteur ne semble pas s'être ému outre mesure de la lividité de ses rêves. Si quelques pièces, Ultimum litius, Visions blêmes, évoquent la terreur du grand X, la conclusion révèle un fonds de philosophie plus tranquille et moins horrifique:

Les Morts!... peut-être bien qu'ils dorment!
Sont ils toujours? Ne sont ils plus?
Qu'ils parlent donc, s'ils sont encore;
N'en parlons pas, s'ils ne sont plus!


 En tout cas, les vers de M. Toussaint, et M. Toussaint lui-même, sans doute, me semblent bien vivants; à quand la prochaine manifestation?

R. V.


 L'éternel Jocrisse, par Gustave Chanteclair - (Perrin et Cie). — Un roman comme il s'en publie trente par jour à Paris. Le livre ne nous a rien appris que le titre ne nous avait dit déjà. Aucune surprise. C'est l'éternel « Éternel Jocrisse ». Ce genre de roman s'édite pour la seule satisfaction de l'auteur.

J. L.


 Le Premier amour de Pierrot, par Eugene Tavernier (Besançon). — « Pierrot, dit l'auteur dans sa prière d'insérer, avait déjà été représenté de beaucoup de manières, mais jamais amoureux. » J'aime à le laisser responsable de cette assertion. Que sa comédie « du goût le plus sûr » ait chance d'être jouée, comme il l'affirme, dans les salons et à la campagne, je n'en serais point surpris. Les vers en sont indiscutables :

Mais puisque toute neuve est encore ta vertu,
Des plaisirs de l'amour, ô Pierrot, que fais-tu?...
Tiens, réconforte-toi d'un coup de gobelet
Et mets-toi sous la dent cette aile de poulet...
Leurs serments amoureux sont un incessant flux.

 C'est M. Legouvé dans toute son horreur!...

C. Mki.


 Ministère et mélinite. Avec portraits, lettres et documents. Étude sociologique, par A. Hamon et G. Bachot (Savine). — Ce volume est pour démontrer une fois de plus que nous vivons en un temps fâcheux, spécialement « antihumanitaire », propice aux vastes escroqueries et aux triponages les plus répréhensifs. Canaillerie, lâcheté, incapacité: voilà ce que les auteurs ont trouvé dans les pouvoirs publics, et ils exposent courageusement leurs découvertes avec preuves et documents, en ayant soin d'ajouter que les autres pays, l'Allemagne, l'Angleterre et l'Italie ne sont pas mieux partagés. Conclusion : « Nécessité d'une transformation sociale ». R. G.
 La Chanson du Grillon, par Edmond Teulet (E. Meuriot). — Chose curieuse et quasiment admirable au temps où nous sommes, Edmond Teulet a la vision optimiste. Il garde du poète cette vieille idée enfantine et charmante qu'il est l'éternel amoureux et le propagateur naturel de toute pensée généreuse; il croit à la bienfaisance, à l'amour, à la justice, à la liberté et aux peuples frères; il croit surtout à l'avenir de la chanson, qu'il voudrait sortir des ordures et des infamies du Café-Beuglant et conduire jusqu'à la littérature. Cet effort déjà n'est point banal. D'ailleurs, si j'ai dit précédemment tout le mal que je pense du genre flon-flon — il serait oiseux d'y revenir — j'estime trop les enthousiastes pour les chicaner en vain. Edmond Teulet a choisi de continuer les poètes de la mansarde, la tradition d'Hégésippe Moreau; il leur a voué un culte filial ; il chante les joies et les beautés de la nature, les futures victoires de l'humanité, la grâce et l'élégance féminine et le côté joli des amourettes ; il s'attachera les dames et de très jeunes hommes. Ses vers — dont on peut critiquer la forme un peu simplette, où l'on découvre même parfois des banalités regrettables — sont très au-delà des jongleries habituelles de MM. les chansonniers, lesquels ne riment que par la toute puissance de l'apocope. Et pour nous qui ne partageons ni ses illusions ni ses croyances, il est agréable cependant d'avoir à signaler en des paroles amies ce premier recueil d'un épris d'art si peu ambitieux, — d'un sincère.
 Tous nos compliments encore pour la remarquable typographie de ce livre.

C. Mki.


 Les Russes en Asie. Exposition à Paris des collections ethnologiques rapportées de l'Asie Centrale par Henri Meser (Panorama Marigny.- Champs-Elysées), par Hippolyte Buffenoir (E. Plon, Nourrit et Cie).- Notice détaillée où M. Buffenoir, après quelques mots de biographie sur M. Henri Moser, examine successivement les curieux objets dont l'explorateur russe fait une intéressante exposition.

Z.


 (1) Aux prochains fascicules : Poésies Eucharistiques (Jean Casier); Heures vécues ( J.- P. Clarens) ; Idylle Russe (Dolguine. Traduit par X. Kouprianoff et J. Couturier); Ægyptiacque (William Ritter); Hedda Gabler (Henrik Ibsen. Traduit par. M. Prozor); A toute volée (Marc Stéphane); et les livres annoncés déjà.
 (2) Voir le Temps du samedi 29 août.


JOURNAUX ET REVUES


 Revue Générale (Bruxelles). — Intéressantes études de sociologie catholique; un roman de M. Charles d'Héricault avec ce titre étrange : Mademoiselle Sous-Pliocène. Chaque numéro est terminé par une ample bibliographie (Août et septembre).
 Revue Socialiste (Paris). — Sous la direction de M. Benoit Malon. Remarqué, dans le numéro d'août, La Légende de Victor Hugo. M. Paul Lafargue y représente le poète tel que la synthèse des banales aspirations de la bourgeoisie à une grandeur sage, à un héroïsme qui va en exil et demeure au courant des cours de la Bourse, à un génie fait surtout d'habileté, de lieux communs et d'audace prudente. M. Lafargue est à cette heure en prison : raison de plus pour avouer que, tout en n'admettant que très peu de ses idées, je le tiens pour un des esprits les plus noblement indépendants et un des caractères les plus estimables de ce temps-ci. — Autre article à lire : Jean Lombard, par Robert Bernier.
 Mélusine, recueil de mythologie, littérature populaire, traditions et usages (juillet et août. — Paris). — Principales matières : Corporations, compagnonnages et métiers : Les Femmes galantes à Paris, par H. Gaidon ; La Fascination, continuation de la savante étude de J. Tuchmann; La Clef des champs, charmante chanson populaire traditionnelle dans certains convents, recueillie par E. Rolland : « Le postulat est un métier — qui commence à m'ennuyer. — Donnez-moi le voile blanc, — je vous en supplie, — donnez-moi le voile blanc, — vous verrez mon cœur content.
 Le voile blanc est un métier — qui commence à m'ennuyer. — Donnez-moi le voile noir, — je vous en supplie, — donnez-moi le voile noir, — vous verrez mon cœur content.
 Le voile noir est un métier — qui commence m'ennuyer. — Donnez-moi la clef des champs, — je vous en supplie, — donnez-moi la clef des champs, - vous verrez mon cœur content. »
 La suite manque, mais on la devine :
 « La clef des champs est un métier — qui commence m'ennuyer. — Donnez-moi vite un amant, — je vous en supplie, — donnez-moi vite un amant, - vous verrez mon cœur content. »
 Gazzetta Letteraria (Turin). — Il Bello e il Gindizio estetico, par G. Lavini: incapacité de la science à définir le beau (22 août); Giorgio Eliot, la sua vita e i suoi romanzi, par G. Depanis (5 septembre).  Cronaca d'Arta (Milan). — Une belle gravure d'après une tête d'étude du peintre Andrea Gastaldi, mort à Turin il y a deux ans (30 août).

Critica Sociale (Milan). — La « vita » delle risainole, étude sur la condition misérable des ouvrières dans les rizières de la Basse Lombardie, par A. Cabrini (20 août).

Le Monde (Paris). — Une très curieuse histoire de la première restauration des Templiers, en 1804, et des relations de l'ordre (qui n'était qu'une loge maçonnique) avec l'abbé Châtel, 1831, extravagances analogues à celles de M. Péladan. — Et qui s'en souvient, hormis M. Oscar Havard, qui les exhuma (27 et 29 août) ?

R.G.


 Les Entretiens Politiques et Littéraires de septembre donnent quelques pages de notes inédites de Laforgue sous ce titre : Ennuis non rimés ; — un article de M. Francis Vielé-Griffin : A propos de Chansons d'Amant, causerie sur M. Gustave Kahn plutôt que critique de sa dernière œuvre; — enfin un assez long et très intéressant article : Les Romantiques allemands et les Symbolistes français, où M. Jean Thorel établit un sagace parallèle entre les deux écoles : « Nous voudrions aujourd'hui....montrer la ressemblance frappante que présente le mouvement symboliste avec un mouvement littéraire qui eût un retentissement considérable en Allemagne à la fin du siècle dernier et au commencement de celui-ci : nous voulons parler des manifestations d'art et des œuvres dues à l'école romantique allemande » ; et, après avoir incidemment constaté que « le groupe romantique en Allemagne n'a à peu près de commun que le nom avec l'école qui eut aussi ce nom en France », M. Jean Thorel démontre que le groupe symboliste français suit absolument la même voie que, il y a un siècle, Schlegel, Novalis, Wackenroder, Tieck, Schleiermacher, etc. — Il conclut : « Les Romantiques allemands... comptèrent dans leurs rangs de vrais grands poètes ; cependant on ne peut pas dire qu'ils aient jamais, ni de leur vivant, ni depuis leur disparition, reçu la consécration d'un vrai succès. On les plaisante moins aujourd'hui qu'à l'époque où ils vécurent, mais on n'est généralement pas moins sévère pour eux. »
 Intéressant numéro de l’Ermitage (septembre), contenant des poésies de MM. Louis le Cardonnel : Chansons d'hiver, — Dauphin Meunier : Élégie dernière, — Ivanhoé Rambosson : Angélus d'hiver, — Camille Mauclair : Les Reines de Thulé, etc. ; de M. Henri Mazel. une « séquence » de poèmes en prose : Azur et Or ; de MM. Marc Legrand et Tarride, une pantomime : Spleen ; de M. Albert Saint-Paul, un poème en prose : Décor pour Symphonie funèbre, etc — Dans la livraison d'octobre, M. Adolphe Retté publiera en article sur le beau livre de notre collaborateur Remy de Gourmont; Sixtine.
 L'Art Moderne (Bruxelles, 13 septembre) se gausse agréablement du jury chargé de juger le concours triennal de littérature dramatique, qui vient de décerner le prix à La Princesse Maleine, « cette œuvre que ces mêmes gens ont ignorée pendant des mois et des mois, dont ils se sont ensuite moqués... » M. Maurice Maeterlinck couronné par un jury dont il « heurte tous les préjugés littéraires et bouleverse toute la sénile esthétique », voilà un événement de haut comique et bien fait pour décourager les sages élèves qui travaillent en vue des concours. — Le même numéro reproduit l'interview de M. Octave Mirbeau (Enquête sur l’Évolution littéraire), et constate, à propos de l'interdiction en la chaste Belgique du supplément de Gil Blas, du Courrier Français, de Fin de Siècle, du Messager Français, etc., que le pudibond M. Vandenpeereboom a commis une lourde gaffe et est « en plein dans le pétrin qu'on lui avait prédit » : Gil Blas, en effet, l'accuse de pousser le protectionnisme jusqu'à protéger la cochonnerie nationale ».
 Le Figaro (14 septembre) insère une lettre de M. Jean Moréas qui se termine ainsi : « ...quant à feu Laforgue, je ne pense pas que mes plus outrecuidés adversaires aient jamais songé à me l'opposer sérieusement. » — Il faut convenir qu’opposer Laforgue à M. Moréas, c'est au moins bizarre.
 Sous ce titre : Les jeunes Poètes, M. Anatole France publie dans Le Temps une série de « Notices et Extraits ». — M. France dit dans un Avant-Propos : « On a, depuis quelques mois, parlé beaucoup et diversement des jeunes poètes. On a disputé de leurs méthodes et de leurs procédés. Ils ont été appelés à professer eux-même publiquement leur doctrine, et, après toutes ces disputes et toutes ces professions, le public n'est pas beaucoup plus éclairé que devant. » Le public, sans doute, n'en saura guère plus après lecture des « Notices et Extraits » de M. Anatole France. L'éminent critique du Temps parle trop peu souvent des jeunes écrivains pour qu'on lui reproche d'en révéler à ses lecteurs un si grand nombre à la fois. Mais la méthode est défectueuse, et, quelque impartialité qu'il y mette, son renseignement, toujours incomplet, sera presque toujours faux. Peut importe d'ailleurs, puisqu'il ne s'agit pas ici de critique; et M. Anatole France aura , en somme, rempli son but : « ...Amuser le curieux et intéresser le savant ».
 La Société Nouvelle (Bruxelles) publie un virulent article de M. Arnold Goffin sur M. Stéphane Mallarmé. M. Goffin, qui veut cependant être juste et avoue son admiration pour telles poésies et telles proses antérieures à la Prose pour des Esseintes, blâme surtout les dernières œuvres ou les œuvres retouchées du poète. Certes, on sent M. Arnold Goffin possèdé d'une ardente foi en la vérité de son dire, et l'on conçoit que, après tant de sottises débitées naguère sur M. Mallarmé par des nigauds qui ne le comprirent jamais, il ait tenu à proférer ce qu'il juge être la vrai parole. Mais quelle véhémence intempestive ! Car, enfin, l'hypothèse que « le second avatar de M. Mallarmé lui a été néfaste » ne suffit point à justifier une telle âpreté de critique. — L'auteur avertit que « ces pages inaugurent une série de Notes cursives qui seront consacrées à Paul Verlaine, Jules Laforgue, Tristan Corbière, Arthur Rimbaud et Lautréamont ». A propos de ce dernier, nous détenons un document qui pourra intéresser M. Arnold Goffin, et que nous insérerons dans notre prochaine livraison.
 Dans La Plume du 15 août, M. Alcide Guérin consacre un long article à notre collaborateur Laurent Tailhade, au sujet de son livre : Au Pays du Mufle. — Le numéro de septembre est dévolu spécialement aux Peintres novateurs : Chromo-luminaristes, Néo-traditionnistes , Indépendants. Illustrations par Maurice Denis, Dubois-Pillet, Paul Gauguin, Maximilien Luce, Alexandre Séon, Georges Seurat, Paul Signac, Lucien Pissaro.
 Le Mazarins Français illustré s'ouvre par une nouvelle inédite de Villiers de l'Isle-Adam : Maitre Pied, suivie du portrait de l'auteur.

A. V.


 à lire : Dans la Revue Indépendante, un article — un peu... long — sur M. René Ghil, par MM. Gaston et Jules Couturat ; dans la Revue du Siècle, une bonne étude de l’œuvre d'André Theuriet, par M. Henri Corbel ; dans Chimère, des poésies de MM. Paul Verlaine, Maurice du Plessys, Stuart Merrill, etc., et des proses de MM. Léon Durocher, Paul Redonnel, Alcide Guérin, Jules Renard. etc. ; dans L'Endehors, une série d'articles de M. Sébastien Faure, et les chroniques hebdomadaires de MM. Zo d'Axa et P. N. Roinard ; dans Vendémiaire, un « drame social en un acte » : Fils d'ouvrier, de M. Gustave Tual, — une poésie de M. Fernand Clerget : Rafales; dans le Progrès Artistique et Littéraire, un article de M. François de Julliet sur Byzance, le dernier roman de Jean Lombard ; dans la France Moderne, d'amusantes Mascarades signées Pangloss ; dans le Cercle littéraire Français, un article de M. Pierre Hancart se Le livre de la Pitié et de la Mort. — Fin de Siècle (16 septembre) a publié un étrange dessin de M. Jehan Mormagne : L'Honneur est sauf. — A signaler un nouvel hebdomadaire : Les Beautés Parisiennes, dont le premier numéro a été saisi. Tirage en couleur, beau papier. Directeur : Arno Mayer ; bureaux : 10, chaussée d'Antin ; prix du numéro 50 centimes. Signalons également un nouveau périodique belge : La Libre Critique, revue d'Art et de Littérature, paraissant le dimanche. Rédaction : Bruxelles, rue Souveraine, 37. Un an : 10 fr. ; le numéro : 20 cent.

CHOSES D'ART



 A voir chez Haro, rue Bonaparte, deux Primitifs italiens, l'un plus que douteux, l'autre qui semble un Pesello (École florentine, xvme siècle) ou un Sano di Pietro (École de Sienne, xvme siècle).
 Rue des Saints-Pères, 13, un autre Primitif qui rappelle les Verrochio (École florentine, xvme siècle).
 Au Louvre. — La nouvelle salle d'antiquités judaïques n'offre aucun intérêt pour l'art ; c'est de la pure archéologie : les Anglais y foisonnent et des Révérends y commentent la Bible à leur famille.

R. G.


 Chez Boussod et Valadon : des Degas, Monet, Pissaro, Gauguin, Raffaelli, etc. M. Henry de Groux a retiré ses toiles : Le Pendu, Le Meurtre, L'Assassiné, Les Traînards. (Lire dans le présent numéro, page 223, l'article consacré à ce peintre).
 Chez Lambert (en face de la Trinité) : des Monticelli, Ziem, Ribot, Raffaelli, etc.
 Nécrologie : Elie Delaunay, Théodule Ribot, Narcisse Bouchère.

G.-A. A.

Échos divers et communications



 Notre collaborateur Laurent Tailhade publiera en novembre, chez Léon Vanier, Douze Ballades nouvelles pour abominer le Mufle.
 La Princesse Maleine vient d'être couronnée, à Bruxelles, au Concours triennal de littérature dramatique. — Ne déflorons la nouvelle par aucun commentaire.
 Dans le but de venir en aide à la famille de Jean Lombard, Chimère réédite « Adel », le poème de notre regretté camarade. Le tirage devant être limité au nombre de souscripteurs, on est prié de se faire inscrire dès maintenant (s'adresser à M. Paul Redonnel, Directeur de Chimère, 52, Cours Gambetta, Montpellier). — Prix du volume : 3 fr. Exemplaires sur papier de luxe : 6 fr
 Détaché du Paillasson — journal défunt — auquel collabora jadis le R. P. Dom Junipérien :

Odelette instrumentale
à la façon de M. René Ghil


(Deux trombonnes et un chapeau chinois)

Muse ceinte d'asphodèle,
Il faut chanter mis Clary,
L'imprenable citadelle,
Le fleuve jamais tari.


Il faut chanter ses prunelles
Obscures où les saphirs
Ont des noirceurs solennelles :
Clary-Bell ! sœur des Zéphyrs.


Il faut chanter sa ceinture
Où les Amours sont nichés,
Cette ceinture, armature
Des rêves et des péchés.


Il faut célébrer ses tresses !
Sont-elles de jais ou d'or ?
Ses tresses d'où les détresses
Meuvent. O trépieds d'Endor !


Il faut chanter sa tunique
Byssus, pourpre et lin vainqueur,
Cette tunique runique
Qui s'imprime sur mon cœur.


Io Pæan ! chantons sa bouche !
O sourire ! ô lis éclos !
O babouche qui m'abouche
Avecque l'azur des flots !


Chantons son nez, cet albâtre,
Ce boisseau de pur froment,
Pour qui l'on eût vu combattre
Tous ceux du camp d'Agramant.


Et ses doigts, palmes ducales,
Dogaresses, que, jadis,
Parmi les hémérocalles,
Vos ongles auraient maudits.


O Clary-Bell ! ô sirène !
Nixe ! Willis ! feu follet !
Ananas ! fraisier ! migraine !
Breuvage d'ambre et de lait !


Le Cantique des cantiques
Semble composé pour toi.
Salomon, sous les portiques,
Écoutait le kakatoi;


Écoute-moi, jouvencelle,
Touffe de lilas en fleurs !
Printemps incarné ! Vaiselle
D'or ! Lampe aux feux enjôleurs!


Désarme tes grands yeux qu'arme
Une tigresse fierté !
Sinon je me rendrai carme
Dans un couvent, cet été.


Et, plus triste, sur les roches,
Que le saint prophète Enos,
Je me noierai, sans reproches,
Dans l'Hunyadi-Janos.

D. J.


 C'est le mois prochain que paraît, à la Librairie Académique Perrin et Cie, Lassitudes, par Louis Dumur, livre de poésies que nous annoncions dernièrement.


 Le 19 septembre, rencontre à l'épée entre MM. Catulle Mendès et Francis Vielé-Griffin, à la suite d'un article paru dans les Entretiens Politiques et Littéraires et jugé offensant par M. Catulle Mendès. — « A la deuxième passe, M. Vielé-Griffin a été atteint à l'estomac, avec pénétration oblique de deux centimètres et demi. » Témoins de M. Catulle Mendès : MM. Georges Courteline et Jules Rosati ; témoins de M. Vielé-Griffin : MM. Paul Adam et Félix Fénéon.


 M. Albert Carré vient de recevoir, pour les spectacles du jeudi, au Vaudevillle, une comédie-drame en 4 actes, La Nargue, de notre collaborateur Julien Leclercq.


 Coupé dans un journal des colonies ce plaidoyer pardevant le tribunal de la bonne ville d'Hanoï. — Il s'agit d'un vol d'armes et de munitions commis à la citadelle. Me Deloustal défend une demi-douzaine de coolies Tonkinois :
 « Quand j'ai entendu parler de cette affaire, s'écrie-t-il, de mon cœur de Français il m'est sorti un cri, et je voulais vous dire : Coupez leur la tête.
 « J'espère que des cas comme ceux-là amèneront à modifier le code en le rendant beaucoup plus sévère pour les Annamites, mais du moment où ces hommes sont devenus mes clients le secret professionnel m'oblige de les défendre.
 « Qu'a donc fait cet homme là ? (et Me Deloustal, ne se souvenant pas du nom de son client, l'appelle : le bouffi, à la grande joie de l'auditoire) il a voulu donner trente-deux piastres à un agent de police pour être relâché. Qu'est-ce que ça prouve ? Sinon qu'ils est salement piastreux.
 « Et vous venez vous étonner que ces choses-là arrivent.
 « Si M. le Procureur de la République veut me donner un agent, j'irai avec lui arrêter les Annamites, et tous me donneront, non pas trente-deux piastres, mais cent, deux cents piastres.
 « Au reste la loi est formelle à c't'égard ; la loi peut pas punir pou'l's'intentions.
 « D'habitude la défense plaide contre l'procureur de la République ; aujourd'hui c'est pas le cas, et par conséquent je m'en remets à la sagesse du Tribunal. »

(Indépendance Tonkinoise, 18 avril 1891).


 Échantillon de romance patriotique :

Ils sont Français, et malgré leur enfance
Le sang français coule en leur petit cœur !


PETITE TRIBUNE DES COLLECTIONNEURS


  on achèterait :
 Des Entretiens Politiques et Littéraires : les deux numéros 1 et jusqu'au numéro 9 inclusivement (en numéros).
 La Revue Indépendante série Dujardin (26 numéros).
 La Revue Contemporaine (Direction A. Remacle).
 De la Vogue : numéro 6 du tome III.
 Du Courrier Français : années 1884-1885 complètes.
 Du Pierrot (de Willette) : les numéros 18-19-20-23 2e année.
 Du Chat Noir : année 1882 complète.
 Du Mercure de France : numéros 1, 13 et 14.
 De F. Vielé-Griffin : Les Cygnes, — Ancœus (éd. orig. brochés).
 De Henri de Régnier : Apaisement (1886); Les Lendemains (éd. orig. brochés).
 D'Odilon Redon : Dans le Rêve (Album).
 De Paul Verlaine : Fêtes Galantes ; — Sagesse (éd. orig. brochés).
 De J.-K. Huysmans : A. Rebours (édit. orig. Holl. ou Jap., broché).
 De Guy de Maupassant : La Maison Tellier (éd. orig. Holl., broché)
 De Pierre de Loti : Mon frère Yves (éd. orig. Holl. broché).
  on vendrait :
 La République des Lettres, 1876-1877, collect. comp., 4 vol. — 30 fr.
 Les Taches d'Encre, de M. Barrès, collect. comp., 4 num. — 4 fr.
 La Revue du Monde Nouveau, collect. comp., 3 num. — 6 fr.
 Le Pal, de Léon Bloy, collect. comp., 4 num. — 2 fr.
 Le Fifre, collect. comp. 15 num. ill. par Forain — 5 fr.
 Le Nouveau Monde, drame en 5 actes (épuisé), de Villiers de l'Isle-Adam — 6 fr.
 Le Vice Suprême, de J. Péladan, avec l'eau-forte de F. Rops et la préf. de J.-B. D'Aurevilly (vol. broch., en mauvais état) — 5 fr.
 Victor Hugo : 150 pièces diverses, caricatures, charges, dessins, portraits, collect. unique — 100 fr.
 Répertoire du Théâtre-Français. 23 vol. rel., grav. — 25 fr.
 Œuvres de Rutebeuf, 3 vol. — 5 fr.
 (Au Mercure de France, le mardi, de 3 à 5 heures, ou par correspondance. — On est prié de fournir le plus possible de renseignements : nombre de numéros formant les collections, date de publication des volumes, leur état : coupés, non coupés, brochés, reliés, etc. — Frais d'expédition en sus des prix marqués.)

Mercvre.

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