Vainement

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Jules Méry, « Vainement », Mercure de France, t. II, n° 15, mars 1891, p. 166.


VAINEMENT

A Saint-Pol Roux.


Mon âme est un grand parc où la pousse géante
De mes désirs et de mes rêves s'enchevètre,
Implorant de leurs bras noués la nuit béante
Sans qu'une aube clémente y veuille m'apparaître :


De trop vastes Vouloirs y tordent leur ramure,
Et des espoirs trop vieux étagent leur feuillage,
Fermant impénétrablement de leur armure
Ma voûte à la splendeur du Magique Sillage.


Tumultueusement ma famine réclame
Une Chair — magnifique pôle des prunelles —
Tabernacle marmoréen prodiguant l'Ame
En avalanche d'opulences éternelles.


Mais la Femme-idéale dérobe son buste
Aux cèdres qu'érigea mon oraison altière :
Elle arbore l'effroi d'une étreinte robuste;
Mais je n'abdique point sa possession fière.


Si nul est mon espoir de sa chère récolte,
J'en veux perpétuer quand même la semence ;
Qu'importe mon isolement si ma révolte
Peuple d'échos puissants ma solitude immense!


Jules Méry.


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