Page 116 · Tome V. Mai-Août 1892

cocotes en papier
JEAN-JACQUES
jacques
Au moins, dors-tu bien ?
jean
Oui, si j'ai le soin, au bord du sommeil, de me prendre à la gorge, des deux mains. Je me tiens fortement. Je suis sûr de ne pas me laisser échapper, et je passe une nuit tranquille.
jacques
As-tu, comme moi, le goût des oreillers durs? je n'en trouve point d'assez durs. Je voudrais un oreiller de bois, dont la taie serait une écorce, et je m'éveillerais les oreilles saignantes.
jean
Nous sommes de pauvres misérables qui descendons vers le singe.
jacques
Vers le jouet mécanique aux pattes alternantes. Notre vie, c'est une roue qui fait crrr... crrr... Quand je pense que, chaque matin, je m'exerce à enfiler mon pantalon sans y toucher! J'arrondis, sur le modèle d'un cylindre, ma culotte droite. Celle de gauche ne m'intéresse pas. Je lève la jambe, et ffft! il faut qu'elle fuse comme une hirondelle dans un couloir ; sinon, je recommence.
jean
Réussis-tu souvent ?
jacques
A la fin, je triche, et, las de danser sur un pied, je me contente d'un à peu près. Mais j'y arriverai, dussé-je rester une journée en chemise.
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